Beauté

Bien-être

Business

Raphaël Perrier : « Le talent, il se fabrique. Il faut juste avoir l’envie »

INTERVIEW. Raphaël Perrier a beau être un quadruple champion du monde de coiffure et un préparateur hors pair, il ne considère pas le talent comme l'élément clé de la réussite. À la tête de l'équipe de France depuis dix ans, il mise surtout sur la passion et le travail rigoureux pour mener ses compétiteurs sur la plus haute marche des podiums.

Profession bien-être : Pourquoi s’inscrire à des concours de coiffure quand on débute dans le métier ? 

Raphaël Perrier : En compétition, on a des jeunes qui ont 17-18 ans, certains commencent vers 15-16 ans… La question, c’est : qu’est-ce qu’on peut donner à ces jeunes qui commencent leur activité et qui ont rêvé de voir les shows que nous préparons ? La première étape, c’est de faire quelques concours, qui vont leur faire gagner des médailles, mais qui vont surtout leur apprendre un métier et des techniques qui leur permettront plus tard de faire des créations. 

Quand j’ai repris cette équipe de France, cela fait dix ans aujourd’hui, j’ai toujours eu le même plaisir à voir les nouvelles générations et à changer nos manières de les manager, parce que les jeunes changent. Pas forcément dans le négatif, très souvent dans le positif. 

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir préparateur pour le championnat du monde de coiffure ? Est-ce que c’était un objectif dès vos débuts dans la profession ?

Après dix ans de concours, je me demandais comment j’allais faire pour arrêter la compétition, parce que c’était vraiment quelque chose qui me plaisait. J’ai presque commencé la coiffure pour faire de la compétition ! Au début, je l’ai fait pour gagner des médailles et, après, pour apprendre mon métier, parce qu’on rencontre des gens qui vont nous aider à progresser. Et comme j’ai eu la chance d’être champion du monde très tôt, j’ai voyagé très tôt, j’avais 20 ans, et j’ai commencé à aller dans plein de pays, et j’ai appris plein de choses. En fait, on ne finit jamais d’apprendre… 

Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les jeunes coiffeurs qui se préparent pour des compétitions de niveau mondial ?

Je pense qu’il ne faut pas se poser trop de questions. Une fois qu’on a l’envie et que c’est vraiment en nous, il y a énormément de possibilités. Aujourd’hui, il existe plein de concours, tout le monde en fait…  

Qu’est-ce que vous recherchez comme qualités chez les jeunes compétiteurs ? 

Je ne recherche rien. La seule chose que je veux qu’ils aient, c’est l’envie. Avec l’envie, tout peut arriver. On a des entraîneurs qui vont les aider, leur donner des compétences, mais on ne sera pas là tous les matins, pour leur dire : il faut travailler !

Il faut un peu de talent, non ? 

Non, il n’y a pas besoin de talent. Le talent, il se fabrique. Il faut juste avoir l’envie. Après, ce sont des techniques à apprendre. Et ça se fait tout seul. 

Et aujourd’hui, les jeunes ont envie de concourir ? 

Oui, les jeunes ont envie. J’en ai vingt-quatre derrière (interview réalisée pendant les championnats du monde Hairworld 2024, NDLR), qui ont travaillé jour et nuit, en plus de leurs heures dans leur salon de coiffure, qu’ils soient apprentis, salariés ou leur propre patron. En plus de leurs clients, ils s’entraînent 4 ou 5 heures par jour. 

Quelle est votre méthode d’entraînement pour les préparer à exceller dans les épreuves du championnat ?

Le travail, le travail, le travail ! Il n’y a pas d’autres méthodes. Aujourd’hui, le championnat du monde ce termine ce soir. Dans trois semaines, on prépare celui de 2025. On est là pour les entraîner et s’ils ont envie de performer, ils seront sur le podium l’année prochaine.  

Est-ce qu’il faut être bon en tout ? 

On les aide pour ça. On va les aider pour les créations. Avec les entraîneurs, on fait les design, on fait les coiffures. S’ils sont bloqués, on les aide.  

Comment travaillez-vous avec les écoles ? 

On travaille énormément avec les écoles. J’ai la chance d’avoir 150 écoles partenaires, qui s’appuient sur nos méthodes. En fait, on donne le pouvoir aux professeurs. On essaye de leur transmettre une vision de la créativité nécessaire pour les concours, afin qu’ils puissent inspirer les jeunes générations et leur montrer que c’est accessible. Un jeune qui pense qu’il n’y arrivera pas, parce qu’il n’est pas sur Paris, c’est fini aujourd’hui. Il faut juste y croire. Commencer à faire son premier concours, même au bout de la rue, et, petit à petit, en s’accrochant, on monte ! Tout est possible. 

Au bout de combien de temps ?

Au bout d’un an. L’année dernière, j’ai eu une petite qui est rentrée en équipe de France, elle a fini championne du monde neuf mois après. 

Quelles sont les tendances actuelles qu’il faut suivre quand on veut se lancer ? 

Pour les compétitions, ce sont des tendances spécifiques. Aujourd’hui, on travaille beaucoup sur les ondulations, les wavies, qu’on voit un peu partout dans le monde. On a eu pour la première fois ce genre d’épreuves. On est obligé de se réinventer à chaque fois pour donner aux jeunes de belles réalisations et de belles images. 

Comment les soutenez-vous sur le plan émotionnel ? 

On a des coachs physiques et mentaux, dont l’un fait partie de la fédération française de boxe. Il y a un vrai rapport entre les sportifs de haut niveau, qui vont faire un 100 mètres, par exemple, et nos jeunes, qui vont avoir des épreuves qui durent entre 8 et 25 mn. À ce moment-là, il faut tout donner. Ce sont des coiffures qu’un coiffeur lambda ferait en deux heures. 

Comment ressortent-ils d’un tel entraînement ? 

Ils ressortent heureux, parce qu’ils ont vécu une expérience hors du commun. 

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui hésitent aujourd’hui à se lancer dans la compétition ? 

Ne cherchez absolument pas à vous dire qu’il faut un talent pour faire quelque chose, c’est juste du travail, c’est juste de l’envie, et le reste viendra. Accrochez-vous !

Propos recueillis par Georges Margossian. 

LIRE AUSSI : Hairworld 2024 : encore une belle moisson de médailles pour l’équipe de France de coiffure

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
Email
Dans la même catégorie

Nous utilisons des cookies