Profession bien-être : Vous menez de front la gestion de votre salon à Sarreguemines, et celle d’un groupe Facebook destiné à mettre en relation coiffeurs et salons. Pourquoi cet intérêt particulier pour le recrutement ?
Alexandre Schoettel : Tout simplement, parce que c’est un problème auquel tous les coiffeurs sont confrontés un jour ou l’autre. Et le groupe Facebook est récent, puisque je l’ai créé il y a sept mois. J’avoue être un peu dépassé moi-même par le succès : nous avons pratiquement mille coiffeurs qui nous rejoignent chaque mois. Ce qui, bien sûr, entraîne de plus en plus de problèmes, comme le besoin de modération et de sécurisation du réseau.
À quoi attribuez-vous ce succès ?
Au fait que la mentalité a profondément changé. Ce que recherche un coiffeur aujourd’hui, ce n’est pas seulement un salaire. Même si cela compte, bien sûr. Les nouveaux arrivants sur le marché veulent aussi de la liberté et de la considération. Alors, les curseurs se déplacent.
Et cela entraine des conséquences inattendues. Les gérants de salons qui exerçaient jusque-là un management très vertical, très «c’est comme ça et pas autrement» doivent s’adapter. Ce sont des comportements qui ne fonctionnent plus.
C’est ce qui augmente le turnover ?
Absolument. On arrive à des situations bloquées. D’un côté, les salons ne trouvent pas d’employés. Et de l’autre, certains coiffeurs, pas forcément les plus mauvais, ne trouvent pas de salons où travailler. En fait, on assiste à un vrai renversement de situation. Aujourd’hui, c’est à l’employeur de séduire ses candidats, et plus l’inverse. Ce n’est pas toujours facile à comprendre pour des salons qui existent depuis longtemps.
C’est la mentalité des employés qu’il faudrait changer ?
Vous ne croyez pas si bien dire ! Aujourd’hui, les employés ont pris conscience qu’en fait, le pouvoir leur appartient. Dans la mesure où les salons de coiffure cherche désespérément du personnel, l’employé sait qu’il pourra trouver facilement ailleurs. La différence est capitale. Les employeurs vont devoir faire preuve de souplesse, car le management vertical, c’est terminé.
Mais les temps changent, et les mentalités aussi. Certains salons commencent à intégrer cet élément dans leurs recrutements, en proposant des horaires aménagés, des samedis libres, des semaines de quatre jours, etc. Autant d’aménagements propres à séduire une profession majoritairement féminine.
Finalement, la notion de temps libre devient aussi importante que celle de salaire ?
C’est plutôt la notion de liberté tout court qui devient importante. Peut-être, parce que nous en avons de moins en moins dans notre environnement. C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de coiffeurs se tournent vers le statut de free-lance. Il existe aujourd’hui beaucoup de formules qui permettent aux free-lancers d’exercer leur profession en minimisant les risques.
Et il s’en crée tous les jours. Cela va des plateformes spécifiques à la location de fauteuils, en passant par des espaces dédiés au co-working. C’est une sorte d’étape entre le salariat et la mise à son compte.
Cela dit, tout le monde n’a pas envie de gérer un salon …
C’est vrai. C’est pourquoi le statut de free lance a tant séduit ces derniers temps. Mais le recrutement, ce n’est pas seulement le coiffeur expérimenté qui change de salon. C’est aussi l’étudiant qui cherche un maître d’apprentissage, les contrats de professionalisation… Ce sont les étudiants d’aujourd’hui qui feront les candidats de demain.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.
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