Cocorico ! Les Français ont applaudi dimanche soir : pour la première fois depuis 2007, trois d’entre eux ont décroché l’Oscar des meilleurs maquillages et coiffures pour The Substance, de Coralie Fargeat, récompensant l’incroyable métamorphose de Demi Moore. Un triomphe qui fait dire à Vanity Fair : «Après ce triomphe absolu, une question demeure : à quand la reconnaissance du travail des maquilleurs et coiffeurs du cinéma en France ?».
À l’origine, cet Oscar, créé par l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences au moment d’Elephant Man, au début des années 1980, ne récompensait que les maquilleurs. Ce n’est qu’en 2012 que cette prestigieuse catégorie a été élargie pour inclure également la coiffure. Dimanche soir, lors de la 97e cérémonie des Oscars, trois Français ont donc raflé la statuette d’or : Pierre-Olivier Persin, chef maquilleur, Stéphanie Guillon, maquilleuse, et Maryline Scarselli, cheffe coiffeuse.
À 50 ans, Pierre-Olivier Persin peut se targuer d’une carrière impressionnante, avec près de 150 films et séries à son actif. On lui doit la métamorphose de Pierre Niney dans Le Comte de Monte-Cristo, celle de Tahar Rahim en Monsieur Aznavour, les terrifiants marcheurs blancs de Game of Thrones et le look de Laurent Lafitte en Bernard Tapie. Un parcours qui affirme haut et fort le savoir-faire français face à Hollywood.

L’an dernier, à Cannes, la réalisatrice de The Substance, Coralie Fargeat, est repartie avec le Prix du meilleur scénario. Demi Moore y incarne Elisabeth Sparkle, ex-star d’Hollywood virée le jour de ses 50 ans. Prête à tout pour retrouver sa jeunesse, elle teste une substance miracle qui la métamorphose en Sue (Margaret Qualley). Seule règle : redevenir ce qu’elle était une semaine sur deux…
Un énorme défi technique et artistique
Le challenge ? La transformation de la star emblématique des années 1990. «Je sais maintenant qu’il est plus facile de créer une armée de zombies qu’une famille qui vieillit», a confié Pierre-Olivier Persin à Vanity Fair. À ses côtés, Maryline Scarselli, une Marseillaise de 46 ans, d’abord engagée comme assistante, a rapidement gravi les échelons, prenant la relève de Frédérique Arguello, contrainte de quitter le tournage peu avant la fin.
Loin du CAP coiffure décroché au collège du Ruissatel, à Marseille, la Française a passé dix ans à perfectionner son art dans les salons avant de fouler le tapis rouge hollywoodien. Son aventure dans l’audiovisuel démarre avec un court-métrage étudiant, puis Plus belle la vie, véritable école où elle apprend à travailler vite, raconte la coiffeuse à France 3 Paca.
Depuis, elle a collaboré sur Le Temps des secrets, The Last Panthers avec John Hurt et Tahar Rahim, et même maquillé Emily Blunt pour The English en 2021. Quand on lui demande son conseil pour suivre sa voie, sa réponse est simple et directe : «Il ne faut pas avoir peur de donner beaucoup en début de carrière, même pour des projets peu rémunérateurs, car c’est aussi comme ça qu’on fait de belles rencontres, et elles peuvent nous amener à des super projets».
Quinze jours avant Hollywood, elle avait déjà goûté aux joies de la consécration. Le 16 février, l’équipe du film remportait le prix des meilleurs maquillages et coiffures lors de la 78ᵉ cérémonie des British Academy Film Awards (BAFTA). Pourtant, une ombre ternit ce tableau idyllique : l’absence remarquée de Frédérique Arguello, cheffe coiffure écartée de la nomination aux Oscars au profit de Maryline Scarselli.
Une absence remarquée à la cérémonie
Un choix controversé qui continue de faire grincer des dents dans les coulisses. «J’ai travaillé sur la création des coiffures et, comme c’était une petite équipe, il n’y avait que moi comme coiffeuse principale et mon assistante Marilyne. Elle m’a appelé juste avant le début du tournage, à la recherche d’un emploi, et je l’ai embauchée», affirme la coiffeuse à Deadline, un média toujours bien informé sur Hollywood.
L’ex-cheffe coiffeuse, qui a 30 ans de métier, assure avoir travaillé cinq mois sur le film avant de céder sa place à Marilyne Scarselli pour les trois dernières semaines, en raison de problèmes familiaux et de santé. «C’était presque la fin du film. Il n’y avait que les séquences avec la monstre Elisa-Sue, donc j’avais déjà fait toutes les créations pour les coiffures», assure-t-elle.
La situation se complique avec des crédits différents (noms des personnes officiellement reconnues) pour The Substance : Frédérique Arguello a remporté le Critics Choice avec Stéphanie Guillon et Pierre-Olivier Persin, tandis qu’aux BAFTA, Marilyne Scarselli était aussi créditée aux côtés de Guillon et Persin…
« J’aurais dû être citée pour cet Oscar »
Installée aujourd’hui en France, Frédérique Arguello ne décolère pas. «C’est moi qui aurais dû être celle citée pour cet Oscar. Tout le monde a peur du scandale», lâche-t-elle au Figaro, revendiquant l’essentiel des créations capillaires.
«En lisant le scénario où Demi Moore passe par quatre phases de dégradation physique, j’ai tout de suite imaginé des coiffures très graphiques. D’abord, des longs cheveux noirs très beaux qui contrastent avec le blanc immaculé de sa salle de bain. Puis, quand elle commence à perdre ses cheveux, j’ai imaginé une perruque où l’on a impression de voir son crâne. Enfin, quand elle se transforme en monstre, ses cheveux sont plaqués sous les prothèses et le maquillage», s’attarde-t-elle.
Les deux coiffeuses, désormais rivales, s’accusent mutuellement d’usurpation de mérite. «Je ne sais pas à quel moment son nom a été éclipsé. Dans les derniers documents envoyés aux Oscars début décembre, j’ai fait comme les autres et ajouté son nom avec le mien. Elle était également légitime même si, in fine, c’est moi qui me suis le plus occupée de Demi Moore», se défend Marilyne Scarselli, mentionnée dans Le Figaro.
Notre confrère précise que Coralie Fargeat et la direction des Oscars n’ont pas répondu à ses demandes d’interviews. Une chose est sûre : derrière les strass et les paillettes, le malaise est palpable. Bien loin des élans convenus.
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