Profession bien-être : Quelles raisons vous ont conduit à organiser un rendez-vous distinct du MCB cette année ?
Nicolas Herpin : Mon événement n’était pas concurrent du salon. Il s’agissait plutôt de créer un espace de rencontres, où toutes les tendances de la coiffure masculines, toutes les chapelles de barbers pouvaient se rencontrer et échanger. En deux jours, de 16h à 2h du matin, nous avons rassemblé plus de 400 professionnels qui ont échangé et comparé leurs techniques. Et la variété était au rendez-vous : tous les styles étaient représentés.
N’est-ce pas aussi la vocation d’un salon comme le MCB ?
Un salon est avant tout une entreprise commerciale, qui met en valeur les marques. L’événement que nous avons initié n’avait rien de commercial : c’était une confrontation de toutes les tendances actuelles, dans un esprit de partage. Et surtout, le MCB est un salon à 90% féminin. Or, mon activité est principalement orientée vers la coiffure masculine. Et les salons hommes ont le vent en poupe.
Pourquoi la coiffure masculine a-t-elle tant besoin de moments de partage ?
En fait, il n’y a pas un marché monolithique de la coiffure masculine. C’est un marché complexe qui se divise en trois grandes branches : les barbers, une tendance street culture urbaine, très communautaire et qui possède ses stars spécifiques, les barbiers old school, néo-classiques, qui sont plutôt rock et outdoor, et, enfin, les coiffeurs hommes classiques, qui récupèrent peu à peu le courant barbier.
Ce sont des cultures et des savoir-faire différents qui n’ont pas grand chose en commun, même pas les outils : les uns travaillent uniquement à la tondeuse, d’autres au rasoir et aux ciseaux. Or, ils ont beaucoup à apprendre des uns et des autres. Cette diversité fait aussi la richesse de ce métier. On ne vit pas la même expérience chez un barber street culture que dans un salon de barbier classique old school. Ce n’est pas seulement une question de prix, mais d’univers.
Sont-il vraiment si différents ?
Oui. Ces différences reflètent bien les dissensions sociales et culturelles de la société actuelle. Quand les origines sont très différentes, il n’est pas toujours facile de se comprendre. Or, pour ne pas perdre son élan, la coiffure masculine a besoin de points de rencontre et de lignes de partages. Il faut des ponts entre les différentes communautés.
Alors, oui, la coiffure homme a un bel avenir, car chez un barbier ou un coiffeur homme, on est entre soi. C’est un lieu où il n’y a pas de jugement. Où l’on peut se faire épiler les poils dans les oreilles ou du nez, avec des bâtonnets de cire sans soulever de commentaire.
Un peu comme dans un institut pour homme?
Les barbiers ont été pour beaucoup d’hommes la porte d’entrée vers les soins cosmétiques. L’entretien de la barbe sensibilise à prendre soin de sa peau et de son regard. Le maquillage n’est pas encore rentré tout à fait dans les moeurs, mais on voit apparaitre de plus en plus de produits spécifiquement hommes.
Le soin de soi serait un développement logique pour un barbier ?
Mais c’est déjà le cas ! Épilation des narines et des oreilles, voire au fil, comme chez La Barbière de Paris, soins hydratants, la filière est déjà prête. Et les clients y prennent vite goût.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.
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