INTERVIEW. Peut-on vraiment prédire les tendances coiffures de l’année? Pas sûr, affirme le coiffeur Laurent Micas. Pour ce créatif passionné, la coiffure bouge ses lignes plus lentement qu’il n’y paraît…
Profession bien-être : Comment voyez-vous les tendances coiffure cette année?
Laurent Micas : En fait, l’année 2023 ne sera pas radicalement différente de ce que l’on a pu voir en 2022. En coiffure, les changements se font en douceur. Il faut plusieurs saisons pour imposer un style. !
Cela veut-il dire que l’on va revoir encore l’incontournable carré ?
Je ne miserai pas sur le carré. Ce que l’on verra de plus en plus, c’est le dégradé. Les clientes le demandent d plus en plus. Elles aiment les mouvements et les cheveux qui s’emboîtent naturellement.
Serait-ce l’influence du retour du mulet ?
Sans doute. Mais si le mulet des années 1980 semble assez monstrueux à notre époque, les versions actuelles sont plus douces et nettement plus portables. Le dégradé très marqué s’est adapté et met en valeur les cheveux. Il faut comprendre les femmes : après les dix dernières années de coupes pleines et de chevelures longues, elles apprécient les coupes plus faciles à coiffer. J’ai de plus en plus de clientes qui veulent des coiffures faciles à réaliser. Une coupe dégradée bien faite permet à une femme de se coiffer elle-même rapidement.
Et de venir moins souvent chez le coiffeur ?
Elle reviendra de toute façon. Que voulez-vous, vous coupez le cheveu, et il repousse… Une coupe dégradée demande un entretien régulier. Et pour le reste, n’oubliez pas que les coiffures suivent de très près les évolutions techniques.
C’est-à-dire ?
Il y a soixante ans, la mise en plis régnait en maître. Et quand les femmes n’allaient pas chez le coiffeur, elles utilisaient des bigoudis ou des papillotes, à domicile. A partir de 40, 50 ans, elles coupaenit leurs cheveux ou les attachaient en chignon, parce qu’elles n’osait plus les porter ses cheveux lâchés sur les épaules.
Tout a changé avec la technologie. Dans les années 70 et 80, les casques ont été remplacés par les séchoirs à main. C’était l’époque des brushing volumineux et extravagants. Grace à Babyliss et Dyson, les femmes ont découvert de nouveaux outils, comme les bouilleurs, qui ont permis de réaliser les longueurs wavy des surfaces californiennes.
Dans les années 2000, il y a eu une révolution avec les plaques céramiques et les lissages brésiliens qui ont imposé la mode des cheveux raides. Conséquence : les femmes (et les hommes) se sont aplati et écrasés les cheveux pendant presque 20 ans.
Plus récemment, les consommatrices et les coiffeurs ont découvert de nouveaux outils, avec le développement des boucleurs de Babyliss pro, Dyson et autres, qui ont permis de réaliser les belles ondulations qui inondent les réseaux sociaux actuels.
Il n’y a donc pas de véritable nouveauté, cette année ?
Des petites nouveautés plus qu’une transformation radicale. Mais le vrai tournant est que les femmes acceptent de plus en plus leurs natures de cheveux. Toutes celles qui avaient lissé et écrasé leur volume, pendant des années, ont enfin fait la paix avec leurs boucles. Et cela fait du monde !
Car, au départ, les Français sont plutôt un peuple latin, avec des cheveux bouclés. Il faut monter vers le Nord pour trouver des textures plus raides. Ajoutez-y le brassage ethnique, et vous avez aujourd’hui une multitude de variantes entre le cheveux souple, bouclé, frisé voire crépu.
Pour cela, la technologie suit aussi et crée de nombreux produits qui mettent en valeur toutes les qualités capillaires que la nature nous a donné. On voit fleurir maintenant des gammes destinées à embellir la boucle. Les marques s’étaient jusque-là concentrées sur des produits destinés à raidir ces textures. Aujourd’hui, c’est terminé. Nous sommes rentrés dans une période d’acceptation de soi.
Et du côté des colorations ?
Les blonds onr toujours le vent en poupe mais le roux revient par la porte arrière. L’essor de la coloration végétale a joué son rôle dans cette nouvelle appétence.
Même si les tonalités cuivrées seront toujours plus anecdotique que le blond, elles aident à réchauffer les châtains et les blond foncé. Là encore, les boucles et ondulations mettent en valeur les différentes nuances.
Une fois de plus, la technique a son mot à dire. Les mèches, par exemple, ont évolué. Au siècle dernier, on effectuait les mèches de la racine aux pointes, et elles était très marquées. A partir de 2010, les coloristes ne traitaient que les pointes, dans des effets tie and dye ou ombré. Depuis quelques années, les blonds se travaillent, à nouveau, plus proche des racines, dans des effets très subtiles et quasi uniformes. C’est presque du cheveu à cheveu. Si cela donne de très beaux résultats, le jour même, ça a tendance à vite ternir et jaunir au fil des semaines.
Conjointement aux boucles et ondulations naturelles, les effets de nuances et les placements partiels sur les cheveures ont de beaux jours devant eux.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.
Crédits photo : Coiffure et photo : Laurent Micas; matériel: Babyliss Pro; maquillage : Valeria (Nice Harmony Makeup); modèle : Farah.



