Jean-Marie Contreras: «Les coiffeurs doivent sortir de leur zone de confort en 2022»

Jean-Marie Contreras

Si le monde de la coiffure est encore secoué par les conséquences de la pandémie, certains professionnels envisagent l’avenir avec le sourire. A condition, toutefois, de pouvoir se remettre en question, comme l’explique Jean-Marie Contreras à Profession bien-être.

Profession bien-être : Finalement, 2021 n’aura pas été une si mauvaise année ?

Jean-Marie Contreras : Non. Nous avons terminé l’année à +22%. Et nous ne sommes pas les seuls. Ceux qui s’en sont sortis ont su gérer la pression.

Qu’entendez-vous par « gérer la pression » ?

En fait, je n’ai ni cédé à la panique, ni cherché à faire du chiffre à tout prix. Je n’ai ouvert ni le dimanche ni le lundi. Je n’ai pas fait de nocturne pour rattraper le manque à gagner des fermetures. Et j’ai pourtant terminé à +22%, avec, en prime, un personnel moins tendu et plus performant. Tout est une question d’équilibre. Aujourd’hui, le salaire seul ne suffit pas à motiver un collaborateur. Il faut lui offrir des conditions de travail optimales et des vues d’avenir. C’est la seule solution pour éviter le turn-over des équipes.

Il n’y a pas que le problème du recrutement. La plupart des salons se plaignent du comportement des clients : agressivité, désistement à la dernière minute…

Je n’ai pas remarqué ce genre de réaction. L’attitude de nos clients n’a pas changé, même s’ils sont un peu plus anxieux qu’auparavant. Quant aux «no-shows» et les annulations de dernière minute, nous avons aujourd’hui sur le marché des logiciels performants qui nous permettent de gérer cela en douceur. Ces coiffeurs qui se plaignent n’ont peut-être pas cherché des clients qui leur conviennent ?

Il est vrai que l’ambiance est tendue. Mais c’est la raison pour laquelle nous devons redoubler d’attention et d’écoute. Et surtout ne pas jouer le jeu du miroir. Si le client est nerveux, quelle que soit la raison, il faut réagir tout de suite et désamorcer la situation.

Difficile pourtant de rester serein dans la conjoncture actuelle…

Le problème c’est qu’il y a beaucoup de laxisme dans la coiffure. Dans les années 1980, on pouvait rebondir d’un claquement de doigts. Ce n’est plus le cas. Or, la majorité des coiffeurs restent dans leur zone de confort. Et reproduisent les techniques apprises au cours de leur apprentissage.

Ce qu’il faut, c’est remettre en cause leur prise en charge émotionnelle de la cliente. Car tout va dépendre de l’analyse des vrais besoins de celle-ci.

La période serait donc favorable au changement ?

Quoi qu’on en dise, 2021 a été positif. Je suis sûr que cela va faire bouger le monde de la coiffure. C’est le bon moment pour changer d’attitude et de comportement.

Vous parlez du coiffeur ou de la cliente ?

Les clientes ont besoin de plus d’écoute, mais c’est surtout le coiffeur qui a un problème de comportement. La plupart du temps, il fonctionne en mode automatique. Il n’écoute pas sa cliente, il la voit, sans la regarder. Tout cela reste très superficiel. Il est dans la reproduction et plus du tout dans la création.

C’est un phénomène général ?

Oui. Les écarts se creusent entre les salons. Même les entreprises low cost sont atteintes et perdent de l’argent. En fait, tout le monde veut faire du business, et c’est légitime. Et quand la prestation est bien faite, l’argent en découle automatiquement. D’ailleurs, cela n’empêche pas de travailler dans l’humain.

Vous seriez donc plutôt optimiste pour 2022 ?

Absolument. A certaines conditions, bien sûr. Renforcer l’écoute, établir des liens avec sa clientèle, garantir l’hygiène et la sécurité et redevenir créatif. En clair, prendre des risques.

En ce qui nous concerne, nous allons développer encore plus la consultation beauté, un moment privilégié pour percevoir les besoins de la cliente et établir un contact avec elle. Nous allons proposer plus de coloration végétale, pour répondre aux nouvelles attentes et renforcer encore nos prestations de morphopsychologie.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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