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Eric Léturgie : «  Une corporation qui n’embauche pas est une corporation en voie de disparition »

Coiffures tendances 022

Très engagé dans le combat pour la revalorisation du métier de coiffeur, le président de la FFACE* Eric Léturgie reste perplexe sur l’évolution du monde de la coiffure française. Il a confié à Profession bien-être ses inquiétudes et son analyse de l’année qui vient de s’écouler.

Eric Léturgie Profession bien-être : Cette année 2022 aura-t-elle été une année de rattrapage ou de mise à niveau de la coiffure ?

Eric Léturgie : Ce qui est sûr, c’est que la coiffure en France est en souffrance. Il suffit de regarder les chiffres de la profession publiés par  le CNEC ou l’UNEC ! La part des établissements n’employant aucun salarié a continué d’augmenter en 2021 (+3 points par rapport à 2020, +9 points par rapport à 2015). Il faut attendre les chiffres de 2022, mais je ne pense pas que les choses se soient arrangées…

Aujourd’hui, 25% des salons emploient 1 à 2 salariés, et seuls 0,5% des établissements comptent 10 salariés ou plus. Alors, on veut nous faire croire que nous pouvons continuer dans la même direction, mais il y a longtemps que nous ramons sur le sable. Je ne suis pas certain d’être en phase avec l’évolution que prend notre métier. Une corporation qui n’embauche pas est une corporation en voie de disparition.

Quelles ont été les grandes tendances en 2022 pour vous ?

Peut-on encore parler de grandes tendances ? Pour moi, la vraie grande tendance serait de reprendre à bras le corps notre profession et de donner aux coiffeurs les moyens de gagner dignement leur vie. La part des créateurs français n’est plus portée par les marques et les réseaux sociaux poussent à chercher l’inspiration auprès des coiffeurs hors de l’Hexagone. Cette tendance, esquissée déjà en 2018, ne fait que s’amplifier.

Puisque nous parlons de réseaux sociaux, a-t-on assisté à la naissance de nouveaux influenceurs ?

Tout le monde s’affiche influenceur… Mais pour influencer qui, quoi, pourquoi et pour qui ? Ce que je vois sur les réseaux sociaux ne s’affiche pas dans les rues, sur le chevelure des passants ! Cet exhibitionnisme et ce voyeurisme sont très loin des préoccupations et des attentes de nos clients ! Quant à «l’influence» réelle de ces ces instagrammeurs et autres youtubers, il y aurait beaucoup à dire. 

Cela fait deux ans que mon équipe de formateurs CutMeGo visite plus de 200 établissements professionnels, nous avons rencontré plus de 3 500 élèves de la génération Z. Et contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, ils ne sont pas si «accros» aux influenceurs. Ce qu’ils veulent, c’est réussir leur vie et gagner un salaire décent.

Où va se décider l’avenir de la coiffure ? Du côté des marques, des syndicats, des réseaux de franchises ou des coiffeurs « stars » ?

En fait, l’avenir de notre métier est plus que jamais dans les mains de tous les acteurs de cette profession. Les marques semblent en voir pris conscience plus rapidement que les autres. Voilà deux ans que L’Oréal Professionnel investit. Le programme Apprentissage 3.0, par exemple, que j’ai élaboré, connait un vrai succès auprès des apprentis. Il faut maintenant que les maîtres d’apprentissages puissent maintenant prendre le relais.

Les coiffeurs sont-ils de plus en plus portés sur la formation ? Et sont-ils prêts à payer cette formation de leur poche ?

Les coiffeurs se sont toujours formés. Le danger, c’est de vouloir en permanence de la nouveauté parce que le présent ne fonctionne pas. Or, quand le présent ne fonctionne pas, il faut d’abord chercher pourquoi. Et ne pas se ruer sur la dernière nouveauté.

Quant à penser que les coiffeurs pourraient mettre la main à la poche pour se former, cela tient de la science-fiction ! La plupart des salons vivent sous perfusion. Ils attendent tout de l’Etat. C’est dommage. Car investir dans un véritable parcours de formation est une garantie de résultat et se traduit dans le chiffre d’affaires de son salon.

Terminons sur une note optimiste… Quelles sont été les « trouvailles » de l’année ?

Pour moi, la vraie trouvaille de l’année, c’est la vulgarisation de la prise de rendez-vous en ligne, qui facilite la vie et augmente la rentabilité du salon de coiffure. Les coiffeurs étaient très en retard sur le digital. Ils sont aujourd’hui en train de rattraper ce retard. Et les nouvelles fonctionnalités des plateformes sont un apport de gestion non négligeables.

Côté produits, le métal détox est intéressant. Cette molécule permet de neutraliser le métal présent dans la fibre capillaire. C’est une nouvelle prestation à proposer, et qui concerne tous les clients des salons.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

(*) Fédération française des associations de la coiffure et de l’esthétique (FFACE).

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