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Éric Léturgie : « Formation et innovation seront les enjeux de cette rentrée »

Eric Leturgie

Interrogé par Profession bien-être à la veille du Mondial Coiffure Beauté, qui se tiendra à Paris du 4 au 6 septembre, Éric Léturgie, président de la Fédération française des associations de la coiffure et de l’esthétique (FFACE), dresse un tableau mitigé de la situation des salons de coiffure.

Profession bien-être : Comment les salons ont-ils vécu cette saison d’été ?

Éric Léturgie : Tout dépend de leur situation. Pour ma part, j’ai la chance d’avoir des salons dans une région très touristique. Nous avons donc bien travaillé, comme mes confrères dans la même région. Il n’en va pas de même pour les salons situés dans les grandes villes, qui ont beaucoup plus souffert de la désertion des clients. Ajoutez à cela les incertitudes du troisième confinement et vous comprendrez pourquoi certains ont préféré fermer leur établissement et prendre eux-mêmes des vacances…

Le troisième confinement n’a pourtant pas concerné la coiffure ? Vous avez été déclaré commerce essentiel…

Essentiel, peut-être, mais certainement pas favorisé ! En fait, il y a eu tellement d’hésitation autour de ce troisième confinement que personne n’a très bien compris si les coiffeurs pouvaient travailler ou pas. Même pas les clients ! La plupart d’entre eux étaient hésitants et nous téléphonaient pour savoir si, oui ou non, ils pouvaient venir se faire couper les cheveux… Du coup, le temps que tout le monde comprenne, il s’est bien passé quinze jours. Et croyez-moi, un demi mois, cela compte dans un chiffre d’affaires.

Impossible de rattraper le temps perdu ?

Non, ce qui est perdu est perdu. Un client ne va pas venir se faire couper les cheveux deux fois sous prétexte qu’il n’est pas venu le mois précédent ! Ce qu’il faut maintenant, c’est vraiment réinventer la profession.

Pratiquement, cela se traduit comment ?

Il faudrait déjà rendre notre profession attirante ! Avec l’image qu’elle véhicule aujourd’hui, vieillotte et dévalorisée, comment voulez-vous qu’un jeune ait envie de devenir coiffeur ? Les coiffeurs les plus passionnés sont souvent venus à ce métier par hasard avant de s’y intéresser vraiment. Or, c’est une profession qui devrait avoir ses lettres de noblesse, et pas seulement pour les coiffeurs de studios ou de défilés.

Le coiffeur du quotidien, c’est un marchand de bonheur quand il fait bien son métier et rend le sourire à une cliente maussade. Et pour bien faire ce métier, il faut aussi pouvoir en vivre. C’est toute l’ambiguïté de la coiffure : satisfaire les clients, tout en assurant la subsistance du coiffeur.

Comment revaloriser le métier ?

Cela passe le plus souvent par la formation. Nos structures sont malheureusement figées dans le temps et peu adaptées à nos façons de vivre. Il existe des jeunes prêts à faire preuve de créativité, à inventer de nouveaux services autour de la coiffure. Mais si vous les épuisez à leur enseigner des techniques qui ne leur serviront jamais dans leur futur emploi, vous allez les décourager et ils vont laisser tomber en cours de route, ce qui arrive de plus en plus.

La coiffure n’est pourtant pas figée. On peut créer des bars à brushing, des corner coloration, des stations de coiffage sans rendez-vous, des bars à chignon… Les barbiers ont parfaitement su véhiculer une image valorisante en jouant sur les produits et le marketing. Ils ont réussi un cocktail rare entre le modernisme et une certaine nostalgie, que ce soit celle des années 1930 ou celle du Rockabilly.

Il y a, non pas une esthétique du barbier, mais plusieurs. Pourquoi la coiffure féminine ne peut-elle pas, elle aussi, segmenter, créer de nouveaux endroits où la coiffure redevient un plaisir, un luxe abordable ? Il existe de nombreuses pistes à explorer. Et ce n’est pas un phénomène réservé aux bobos branchés de la capitale. Il y a de la créativité en province, et cela représente une clientèle bien plus importante.

Comment faire évoluer la formation actuelle ?

Il faut déjà la dégager de son carcan. La pandémie a eu le mérite de nous secouer. Oui, on peut apprendre la coiffure et surtout se perfectionner à distance. Car un coiffeur qui ne se forme pas en permanence n’évolue plus. Et s’il n’évolue plus, il ne répond plus à la demande de la clientèle. Dans ce cas, il n’a plus qu’à fermer son salon.

Il doit non seulement se former à la technique, mais aussi au digital et au marketing. Il doit aujourd’hui apprendre à se vendre, à communiquer et à utiliser les réseaux sociaux. Nous avons la chance de vivre dans un pays où les autorités favorisent la formation professionnelle. Ce qu’il faut maintenant, c’est faire en sorte que cette dernière réponde à des critères de qualité et, surtout, corresponde à ce que le marché demande.

La clé serait donc de se réinventer au quotidien, de rechercher en permanence l’innovation ?

Absolument. Si l’homme ne cherchait pas en permanence l’innovation, nous en serions encore à attendre que la foudre tombe pour faire du feu. Les innovations ne sont pas forcément toutes révolutionnaires, mais elles peuvent constituer autant d’améliorations dans le quotidien. Dans vingt ans, la coiffure ne ressemblera pas forcément à ce que nous connaissons aujourd’hui…

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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