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Eric Léturgie: «Coiffeurs, arrêtez de piloter votre activité au doigt mouillé!»

Coiffure recrutement

Les difficultés de recrutement dans le monde de la coiffure n’en finissent pas de faire débat. Pour le président de la FFACE*, Eric Léturgie, le salaire est loin d’être le seul problème.

Profession bien-être : L’attractivité du métier de coiffeur est au centre de tous les débats. Est-ce entièrement dû aux bas salaires de la profession ?

Eric Léturgie : C’est un tout. C’est évident, les salaires sont bas dans la coiffure, mais ils le sont aussi dans d’autres domaines comme l’hôtellerie-restauration ou l’esthétique. Le principal obstacle reste, à mon avis, le manque d’évolution que l’on propose aux nouveaux entrants de ce métier. Une fois embauché dans un salon, un jeune coiffeur peut y rester dix ans, en faisant toujours la même chose, sans aucune évolution de poste.  D’après les derniers chiffres publiés par les syndicats, près de 50% des jeunes coiffeurs se découragent dans les deux ans et abandonnent le métier. Alors, oui, le salaire fait partie de cette évolution, mais ce n’est qu’une face du problème.

Un autre point noir serait les horaires. A tel point que certains salons prennent l’initiative de fermer le samedi pour attirer des candidats… Qu’en pensez-vous ?

Rien de bon ! Sous prétexte qu’il y a pénurie de candidats, certains sont prêts à n’importe quoi. Pourquoi adopter une attitude aussi défaitiste ? Si le samedi constitue la plus grande recette de la semaine, il serait suicidaire de fermer ce jour-là. Ce serait se jeter à l’eau pour éviter d’être mouillé par la pluie. Mais si le salon est situé dans une zone de bureaux ou une localisation désertée le samedi, cela peut être jouable.

Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de règle unique. Il existe d’ailleurs d’autres solutions. Il y a sept ans, j’ai mis en place un système qui satisfait tout le monde. Nous ouvrons du mercredi au samedi inclus. Nos collaborateurs font donc leurs 39 heures en 4 jours. Cela leur donne des pauses hebdomadaires de trois jours et, croyez-moi, c’est très apprécié.

Le principe n’a jamais été remis en cause. Mais nous n’avons rien imposé. Nous avons préféré une démarche collaborative en nous concertant avec le personnel. Et surtout, nous avions une connaissance parfaite de nos pics d’activité. Le mardi était le jour le plus faible de la semaine. Nous n’avons perdu aucun client, nous avons même augmenté notre chiffre d’affaires.

Il suffit donc de déterminer le jour le plus faible de la semaine. Mais tous les salons doivent connaître leurs pics d’activité, non ?

Vous seriez étonnée de voir combien d’établissements ignorent leurs pics d’activité par jour et par heure ! Que ce soit pour le recrutement ou même l’ouverture d’un salon, personne ne prend le temps de la réflexion. On ouvre son salon là où le peut, on fixe ses prix en allant espionner le concurrent le plus proche, on embauche, ou du moins on essaie, sans élaborer de fiche de poste.

Bref, on crée une entreprise sans aucune vision et, encore plus grave, sans aucune préparation ! Or, on ne peut plus pratiquer la coiffure comme cela se faisait il y a vingt ans. A l’époque, il y avait un salon de coiffure pour 1 000 habitants. Aujourd’hui, c’est un salon pour 500 voire 300 habitants. La donne a changé.

Les problèmes de recrutement découleraient donc de l’attitude des gérants de salon ?

En grande partie, oui. Ils devraient perdre l’habitude de piloter au doigt mouillé. Prenons l’exemple de la fiche de poste. Personne n’en fait. Et lorsqu’un salon recrute, généralement, il demande «une coiffeuse polyvalente» au lieu de se demander de quel type de coiffeur il a vraiment besoin ! Or, rédiger une fiche de poste précise protège à la fois l’employeur et le salarié, et laisse des perspectives d’avenir. Par exemple, quelqu’un de spécialisé et qui se forme en permanence peut constituer un accélérateur pour un salon.

En fait, il n’y a pas de réponse universelle. Chaque salon de coiffure a ses propres besoins. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut rester vigilant, et ne pas attendre le bec ouvert que cela s’arrange tout seul. Il y a de nombreuses façons d’attirer les candidats qui vous conviennent, et le salaire n’est que l’un des éléments pour y parvenir.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

(*) Fédération française des associations de la coiffure et de l’esthétique.

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