Chaque jour, des millions de colorations sont réalisées en Europe, dans les salons ou à domicile. Mais derrière ce geste technique courant, les autorités sanitaires rappellent qu’il n’est pas anodin. Les données de cosméto-vigilance collectées entre 2019 et 2025 permettent de dresser un état des lieux précis des incidents signalés, peut-on découvrir dans le dernier numéro de Vigil’Anses.
Sur cette période, l’Anses a enregistré 124 déclarations d’effets indésirables liés aux produits de coloration capillaire et aux produits décolorants, soit 6 % de l’ensemble des déclarations reçues. Si l’on se concentre uniquement sur les produits capillaires, la coloration apparaît comme la catégorie la plus concernée.
Les déclarations liées aux produits de coloration et de décoloration représentaient 41 % des signalements concernant un produit capillaire, les autres cas étant liés aux shampoings, produits de lissage, de défrisage ou soins capillaires. Les signalements ont été effectués à 40 % par des consommateurs, à 40 % par les personnes responsables de la mise sur le marché des produits et à 20 % par des professionnels de santé.
Les colorations oxydantes en cause
Leur analyse met en évidence une forte concentration des incidents autour d’une catégorie particulière : 91 % des effets indésirables signalés lors de (dé)colorations capillaires concernent les «colorations oxydantes».
Ces produits, qui nécessitent généralement le mélange d’un colorant et d’un révélateur contenant notamment un oxydant comme le peroxyde d’hydrogène, représentent 70 à 80 % du marché des colorants en Europe. Parmi ces signalements, 63 % ont été considérés comme graves au sens de la cosméto-vigilance, c’est-à-dire ayant entraîné une incapacité fonctionnelle temporaire ou permanente ou une hospitalisation.
À titre de comparaison, pour l’ensemble des déclarations de cosméto-vigilance, ce pourcentage est de 36 %. Les colorations non oxydantes apparaissent moins souvent dans les signalements, mais elles ne sont pas exemptes de risque. Elles représentent 9 % des déclarations, dont un tiers a également été jugé grave.
Des réactions cutanées parfois sévères
Les effets indésirables rapportés concernent principalement la peau et les muqueuses. Au niveau du cuir chevelu, les personnes touchées décrivent notamment des sensations de brûlure, démangeaisons, picotements, irritations, rougeurs, eczéma ou pertes de cheveux.
Les réactions peuvent aussi s’étendre au visage, avec rougeurs, sensation de chaleur, gonflements, œdèmes ou plaques rouges. Dans certains cas, les réactions sont plus graves. Certaines déclarations faisaient état d’une gorge gonflée accompagnée de réelles difficultés respiratoires, signes d’une réaction allergique sévère pouvant représenter un risque vital immédiat.
Les professionnels aussi concernés
Les consommateurs ne sont pas les seuls exposés. Le dispositif de cosméto-vigilance mentionne aussi des cas touchant les coiffeurs. Six déclarations concernaient des professionnels : deux concernant des affections cutanées des mains et quatre des pathologies respiratoires.
L’Anses précise que «des réactions de type allergique surviennent donc aussi chez les professionnels de la coiffure, même avec des teintures dites ‘naturelles’». Dans certains cas, des tests allergologiques ont permis d’identifier les substances impliquées.
Ces tests ont notamment révélé des sensibilisations à des ingrédients utilisés dans les colorations capillaires, comme la paraphénylènediamine (PPD), le toluène-2,5-diamine sulfate ou encore les persulfates. Ces substances figurent parmi les ingrédients autorisés mais réglementés dans l’Union européenne.
LIRE AUSSI : Lissages capillaires : vigilance accrue autour de l’acide glyoxylique



