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Coiffure : « La démoralisation met en danger les structures mêmes de la profession »

Jean Marie Contreras commente la situation des coiffeurs

Alors que l’année vient à peine de commencer, le moral des salons de coiffures, propriétaires et salariés confondus, est loin d’être au beau fixe. Jean-Marie Contreras, coiffeur vedette et porte-parole de la morphopsychologie, explique les causes de ce mal-être.

Profession bien-être : La reprise peine à s’installer dans la coiffure, selon vos premières observations. Les clients ne seraient-ils pas au rendez-vous ?

Jean-Marie Contreras : Les clients sont bien là. Il y a de la demande. Mais les problèmes sont ailleurs. A quoi sert-il d’avoir des clients et ne pas pouvoir les satisfaire ? Les problèmes de recrutement n’ont fait que s’aggraver depuis le début de l’année.

Pourtant, les propriétaires de salons essaient par tous les moyens d’attirer de nouvelles recrues…

Je l’ai remarqué aussi, mais c’est jeter quelques gouttes d’eau sur un désert de sable. Rien n’y fait : les salons ont beau fermer le samedi, aménager des horaires, ils peinent toujours à embaucher. Car, entre le chômage, d’une part, auquel ont pris goût certains salariés au cours des confinements, et, d’autre part, le changement de mentalité de ces mêmes salariés, un gérant de salon n’a plus beaucoup de grain à moudre.

Qu’entendez-vous par changement de mentalité ?

En fait, dans cette période d’après-Covid, les priorités ne sont plus les mêmes. Les salariés recherchent avant tout leur bien-être et du temps libre, quitte à toucher des salaires moins importants. Ce qui les préoccupe, c’est leur confort de vie, à très court terme. Lors de mes dernières formations, j’ai été très étonné des réflexions de mes stagiaires. La plupart avouent piloter à vue, au jour le jour, en attendant de voir ce qui se passe.

Le désenchantement est général : la peur du Covid, aujourd’hui émoussée, a été remplacée par la crainte d’un conflit mondial. Je passe autant de temps à remonter le moral des coiffeurs qui suivent mes formations qu’à dispenser les cours…

En somme, les coiffeurs ne sont plus motivés ?

A ce stade, on ne peut même plus parler de démotivation. C’est une démoralisation générale. Voilà plus de 30 ans que j’exerce mon métier, je n’ai jamais connu un phénomène de cette ampleur.  L’après-Covid, le climat anxiogène et la perte du personnel empoisonnent ce qui pourrait être une forte période de reprise. Et les augmentations du prix de l’essence n’arrangent rien !

En quoi concernent-elles directement les coiffeurs ?

A part dans les grandes métropoles, les coiffeurs n’habitent plus tout près de leur lieu de travail. En province, ils font parfois 30 à 40 kilomètres pour aller travailler. Faire le choix des transports en commun est risqué, vu leur manque de fiabilité. Aucun patron ne peut accepter des retards répétés et systématiques. On sent que le système global est en danger

C’est sans solution, alors ?

Dans certains cas, on peut mettre en place un système de covoiturage, mais cela reste des initiatives isolées. La plupart du temps, il ne reste que la voiture individuelle. Et lorsque les employés font le calcul, une augmentation de l’essence finit par peser sur le budget. Beaucoup de salariés cèdent alors aux sirènes de l’auto-entreprenariat, et travaillent à domicile.

Mais ils doivent aussi prendre leur voiture pour aller voir leurs clients ?

Je ne parle pas de ceux qui vont coiffer leurs clients chez eux. Mais de ceux qui font le choix d’accueillir les clients à leur propre domicile. Avant le statut de l’entreprenariat, les coiffeurs n’avaient pas le droit d’accueillir des clients chez eux. Aujourd’hui, dès qu’ils sont inscrits en tant qu’auto-entrepreneur, ils sont assimilés à une société. Et comme les montants des prestations autorisées a remonté, ils ont vite fait le calcul.

Il est beaucoup plus rentable pour eux de travailler tranquillement chez eux avec un minimum de charges, que d’exercer leur activité en salon. Et je ne parle même pas du problème des prestations effectuées au black. Malgré la volonté des autorités de diminuer au maximum le nombre des espèces et de multiplier les contrôles, il s’agit là d’un problème récurrent. De quoi décourager les salons qui respectent scrupuleusement la loi et se retrouvent face à une demande qu’ils ne peuvent satisfaire, faute de personnel. Les charges, elles, continuent à courir.

La levée du passe sanitaire et l’abandon du masque devrait pourtant soulager leur quotidien ?

Parlons-en ! L’annonce de l’abandon du masque en intérieur s’est répandu comme une trainée de poudre. Dans de nombreux salons, c’est du grand n’importe quoi : plus de masques…  Mais ils en oublient aussi la distanciation sociale, les mesures d’hygiène, comme s’ils prenaient leur revanche.

Mais les clients, eux, n’affichent pas forcément leur mépris des mesures ! Au contraire. Certains sont mêmes encore terrifiés par l’ombre de la pandémie. Le meilleur moyen est alors de les rassurer. Et de remettre le masque pour s’occuper de leurs cheveux, si vous sentez que cela peut apaiser leur anxiété.

Comment lutter contre cette démoralisation ?

En se souvenant que, si notre métier nécessite des compétences en gestion, c’est tout de même avant tout un métier artistique. Nous concentrer sur nos clients, en leur procurant un moment de bien-être hors de la spirale d’inquiétude que nous assènent en permanence les media, nous fera également du bien. Créer de la beauté amène forcément du positif.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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