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Coiffure : faut-il embaucher ou louer ses postes de travail ?

Coiffure : faut-il embaucher ou louer ses fauteuils?

On n’aura jamais autant parlé de recrutement dans les salons de coiffure. Est-ce le moment de louer vos postes inoccupés à des indépendants ? Profession bien-être a pesé le pour et le contre.

Jusqu’ici, vous n’y aviez jamais pensé. Vous étiez maître à bord, vous décidiez de tout. Mais après la crise sanitaire, le manque de candidats constaté dans certaines régions, vous vous demandez si la location de vos postes de travail inoccupés ne serait pas finalement une solution. Avant de vous lancer tête baissée, prenez le temps de réfléchir à ce que cela représente.

S’il peut sembler séduisant de percevoir une redevance d’un free-lance pour la location d’un poste de travail, n’oubliez pas que ce dernier ne sera pas votre employé. Il aura son propre statut d’indépendant et n’aura aucun compte à rendre à votre entreprise. Il disposera aussi de sa propre liste de clients, déclarera ses revenus à part et prendra seul ses décisions sur la façon de gérer son activité.

Alors, quelles sont les solutions qui s’offrent à vous ? Il n’y en a que trois : dans le premier cas, vous n’employez que des salariés. Dans le deuxième, nous n’aurez affaire qu’à des indépendants. Enfin, dernière hypothèse, la plus délicate : il va vous falloir gérer à la fois des salariés et des free-lances.

La séduction du free-lance et ses inconvénients

Si vous possédez un salon déjà bien installé, ne faire appel qu’à des free-lances va profondément modifier votre quotidien. En clair, vous allez perdre le contrôle de votre marque, votre image, votre expérience client, votre culture et votre communication. Êtes-vous prêt ?

N’oubliez pas que ces free-lances n’ont aucun lien de subordination avec vous. Ils sont leur propre patron et décident librement quel jour ils travaillent, et dans quelle plage horaire. Ils choisissent librement le type de clients qu’ils veulent attirer et les prestations qu’ils veulent promouvoir – et à quel tarif. Ils communiqueront à leur gré sur les réseaux sociaux et adopteront le dress code de leur choix, quel que soit le vôtre. Bref, vous aurez peu de contrôle, voire aucun, même si les free-lances opèrent au sein de votre salon.

Autre inconvénient : ne négligez pas le risque de détournement de clientèle. C’est un risque permanent, même avec du personnel salarié. Mais votre indépendant possède déjà sa propre structure. Il a donc plus de facilité pour séduire vos clients. Pensez donc à protéger l’accès à votre base de données.

Pour autant, faire appel à des free-lances comporte aussi des avantages pour votre activité ! Ils vous reviendront beaucoup moins chers qu’un employé. Pas de charges patronales, pas de congés payés, pas d’indemnités maladie, ni frais de mutuelle. De plus, en tant qu’indépendants, ils ne bénéficieront pas des avantages fournis par le droit du travail.

Conseil : si vous êtes un petit salon qui démarre, la location de fauteuil peut se révéler une bonne solution intermédiaire, surtout si vous trouvez un spécialiste d’une technique que vous ne maitrisez pas et que vous désirez proposer à votre clientèle. La location peut alors constituer une rentrée supplémentaire bienvenue.

Les dangers d’une solution hybride

La situation la plus délicate sera certainement de manager, au cœur d’un même salon, salariés et free-lances. Vos clients, par exemple, ne feront pas la différence entre un salarié et un free-lances. Si ce dernier possède une approche, une tenue qui détonne avec votre personnel, cela pourra dérouter – voire rebuter – les clients.

Et n’oubliez pas que vous ne pourrez pas établir de lien de subordination avec un indépendant : vous courez le risque de le voir vous attaquer aux prud’hommes pour une requalification en CDI… De plus, comment créer un esprit d’équipe positif avec des employés et des locataires de fauteuil qui ne se sentiront pas engagés envers votre entreprise ?

Mettez-vous à leur place. Ils dirigent leur propre structure, paient leurs propres impôts et vous paient un loyer. Vous n’êtes pour eux qu’un prestataire de services…

Combien faut-il facturer un poste de travail ?

En établissant votre prix de location, n’oubliez pas que vous devez couvrir tous vos coûts et réaliser un bénéfice. Soyez donc très clair sur les charges que devra payer votre «locataire». Pensez à intégrer les frais énergétiques (eau et électricité), les dépenses de linge et de nettoyage, ainsi que les accès Internet.

Vous avez la possibilité de facturer un loyer hebdomadaire ou mensuel fixe. C’est clair et simple et vous saurez tous les deux où vous en êtes. C’est la solution choisie par La Fabrica, un salon parisien qui n’abrite que des free-lances. Elle peut vous aider si votre locataire est très demandé.

Vous pouvez aussi prendre un pourcentage au lieu de percevoir un loyer. Très prisée dans le monde anglo-saxon, le partage se fait généralement à 40% pour le salon et à 60% pour le free-lance. Mais dans ce cas, vos revenus vont chuter dès que votre locataire part en vacances, réduit ses heures ou s’absente.

Comment choisir un « bon » locataire de fauteuil ?

En fait, vous aurez à mettre en place un processus de sélection rigoureux, comme pour l’embauche d’un nouveau salarié. Demandez des références et vérifiez-les. Intégrez un test professionnel dans le processus de sélection. Consultez les réseaux sociaux de votre candidat. Ce que vous y lisez vous convient-il ? Incluez dans votre location de fauteuil une période d’essai deux ou trois mois.

Verrouillez légalement votre accord

Pensez à bien prouver que votre locataire ne relève pas du travail dissimulé. Vous devrez donc vous assurer que votre locataire décide de ses propres heures et jours de travail, fixe ses propres prix, possède ses propres clients et décide quelles prestations il propose. Il doit porter ses propres vêtements au travail, tenir une comptabilité séparée, payer ses propres charges et posséder sa propre assurance professionnelle.

En aucun cas, il ne peut être salarié chez vous. Il ne doit y avoir aucun lien de subordination entre vous. Vous ne devez pas payer leur formation. Et par mesure de précaution, votre locataire doit encaisser les règlements de ses clients à l’aide d’un système de paiement distinct de celui utilisé dans votre salon.

Établissez toujours un contrat écrit, signé par les deux parties, qui détermine combien de temps durera l’accord et comment il peut être résilié. Combien – et à quelle fréquence – votre locataire vous paiera et ce que les paiements couvrent en détail.

Se regrouper entre indépendants ?

Alors, bonne ou mauvaise solution, la location de fauteuil ? Eric Léturgie, président de la FFACE, qui regroupe les centres de formation dans la coiffure, va plus loin. Selon lui, se regrouper entre indépendants est la meilleure des solutions.

«Plutôt que s’obstiner à vouloir faire vivre chichement un petit salon, mieux vaut créer des ‘coopératives’, qui pourraient ainsi mettre leurs ressources en commun et réaliser des économies d’échelle. Cela fonctionne pour les cabinets d’avocats, de médecins ou de kinésithérapeutes. Pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas pour les coiffeurs ?», a-t-il expliqué à Profession bien-être. Affaire à suivre, donc.

Merci à Nicolas Auber et Julien Dauger, fondateurs de La Fabrica, à Fabrice Sely, fondateur d’Escobe, et à Eric Léturgie, président de la Fédération française des associations de la coiffure et de l’esthétique (FFACE), pour leurs précieux avis concernant la location de fauteuil en salon de coiffure.

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