Avec le lancement de sa gamme «Ombrés», Christian Roche, créateur de la marque «Marcapar», bouscule cette année le marché de la coloration végétale. Profession bien-être a rencontré ce pionnier pour évoquer l’évolution du marché.
Profession bien-être : Historiquement, vous avez été le premier à promouvoir la coloration végétale… Le marché a-t-il évolué depuis vos débuts ?
Christian Roche : Effectivement, je me suis mis à la coloration végétale dès 1991. À l’époque, tout le monde se moquait de moi. Parti de rien, j’ai vécu alors quelques grands moments de solitude ! Mais j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes, dont les derniers herboristes en activité. Alors, oui, le marché a changé. Ce qui était à l’époque une curiosité est devenu une demande du public.
C’est une bonne chose, non ?
Oui et non… Le monde du végétal est envahi aujourd’hui par des coiffeurs uniquement attirés par l’effet de mode. Or, le végétal demande de la passion. La passion des plantes, mais aussi la passion du résultat et le respect du client. Les chimistes et les formateurs repoussent tous les jours les limites des performances du végétal.
Mais sans la passion, cela ne fonctionne pas. Le but c’est de convaincre de plus en plus de clients avec un résultat satisfaisant et des cheveux en bonne santé. On retrouve aussi, rançon du succès de la méthode, des «faux» produits végétaux, contenant des substances toxiques. Cela vient souvent de l’origine des plantes utilisées, et de la façon dont elles ont été cultivées. En un mot, la coloration végétale est devenu une jungle.
Pourquoi ce « combat » autour de la coloration végétale ?
Parce que la clientèle de la coloration végétale est très différente de la clientèle de base. Dans un salon traditionnel, vous avez des clientes pressées, dont le mot d’ordre est «dépêchez-vous !». Dans un salon de coloration végétale, la cliente prend son temps et respecte le travail du coiffeur. C’est une autre demande. La différence, entre les opportunistes et les passionnés, c’est le goût du travail bien fait. En tant que marque, je refuse de vendre à ceux qui n’ont pas la passion.
La passion, c’est instinctif, mais elle ne suffit pas. Il faut une vraie formation au végétal pour pouvoir ouvrir un salon de coloration végétale ?
Oui, d’autant que l’enseignement de base, le CAP Coiffure, ne prévoit pas du tout de formation à la coloration végétale. C’est pourquoi j’impose aux coiffeurs qui veulent nous rejoindre deux jours de formation obligatoires. Ils viennent d’abord dans l’un de nos salons pilotes pendant une journée. Puis six semaines plus tard, ils reviennent pour une journée de formation de mise à niveau.
La coloration végétale est-elle limitée dans ses nuances ?
C’est tout le travail de notre laboratoire, où nous employons trois chimistes en permanence pour trouver de nouveaux produits. Effectivement, jusqu’à maintenant, on ne pouvait pas mélanger les plantes entre elles. J’ai ainsi perdu beaucoup de temps avec l’indigo.
Nous avons dû travailler avec des décoctions pour parvenir à effectuer des balayages par exemple. Restait aussi le problème des cheveux blancs, moins couverts par la coloration végétale, et celui des cheveux décolorés, où les résultats pouvaient se révéler très aléatoires…
Vous avez trouvé des solutions pour y remédier ?
En fait, il y a deux ans, je me suis aperçu que les plantes à base de tanin prenaient sur des cheveux colorés. Une vraie trouvaille ! Depuis, nous repoussons tous les jours les limites des colorations végétales. Avec les ombrés, que nous sortons cette saison, le coiffeur peut, pour la première fois, apporter des nuances aux colorations végétales, amener des contrastes, créer des effets méchés plus sombres, uniformiser des chevelures oxydées et corriger les effets indésirables causés par les indigos.
Pourquoi la nuance est-elle si importante ?
Tout simplement, parce que les nuances permettent de mieux structurer une coupe et remettre en valeur la texture d’une belle chevelure ! Nous apportons aujourd’hui deux nuances. La première est foncée, pour maronner un cuivré, créer et personnaliser une coupe, pour les longueurs et pointes décolorées, méchées ou éclaircies naturellement par le soleil.
L’autre est claire, pour patiner un cheveu décoloré sur une chevelure blonde, créer des nuances sur des cheveux blancs en racine ou sur toute la chevelure, cendrée un blond ou encore supprimer les reflets dorés.
Tout le secret réside, donc, dans la qualité d’un produit innovant ?
Pas seulement ! L’idée c’est d’accompagner les coiffeurs, non seulement dans la technique de coloration, mais aussi dans le respect des cheveux des clients. Et l’affaire est rentable : dans nos salons, la vente au détail de produits représente 30%, soit près du double du chiffre d’un salon traditionnel. Je dis toujours en plaisantant : «nous ne vendons pas nos produits, ce sont les clients qui les achètent».
Maintenant, le produit innovant est un atout de taille. Nous devrions sortir encore deux autres innovations dans l’année. Avec, en perspective, des colorations 100% naturelles de former les coiffeurs coloristes du végétal de demain pour qu’ils deviennent les meilleurs du secteur…
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.



