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Cheveux texturés: «La matière est extraordinaire, parce qu’on peut tout faire!»

Pour remédier au manque de formations des coiffeurs pour les cheveux texturés, un certificat de qualification professionnelle a été lancé il y a quelques mois. Une compétence de plus en plus recherchée en France, explique Aude Livoreil-Djampou, fondatrice des salons Studio Ana’e, qui a participé à la mise en place de ce nouveau diplôme.

Profession bien-être : Depuis la rentrée 2023, un CQP est consacré aux cheveux texturés. Pour vous, qui suivez ce domaine depuis longtemps, il était temps ?

Aude Livoreil-Djampou : Ce diplôme était très attendu, car l’absence de formation spécifique dans des diplômes classiques comme le CAP, le BP ou le BTS constituait un frein majeur à l’ouverture de salons qualifiés. Cela empêchait également les coiffeurs de se former sur ces types de cheveux et de proposer ces services dans leurs salons.

Sachant que les cheveux bouclés, frisés et crépus représentent les deux tiers de la population mondiale, et environ la moitié de la population française, c’est un réservoir de croissance phénoménal. D’un point de vue éthique, il n’est pas toujours très agréable de ne pas pouvoir se rendre dans un salon de coiffure simplement parce qu’on a des cheveux frisés.

La France est un pays qui a des composantes multiples, c’est un pays d’art et de création artistique, il était donc important d’intégrer toutes les textures de cheveux dans les formations de coiffure.

Comment expliquez-vous ce retard par rapport à des pays comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis ?

Il faut savoir que c’est lent à peu près partout. Aux États-Unis, par exemple, jusqu’à récemment, seuls certains États comme New York ont intégré l’enseignement des cheveux bouclés, frisés et crépus dans tous les programmes de coiffure. On avait des écoles particulières, mais ce n’était pas dans tous les diplômes. En Angleterre, cette intégration ne s’est faite que depuis novembre 2022.

Il s’agit donc d’un mouvement général qui commence à prendre forme. La France, bien qu’ayant environ 20 ans de retard, répond maintenant à un besoin important. Ce qui compte, c’est que la prise de conscience a eu lieu et que nous pouvons désormais avancer.

Vous avez participé directement à ce diplôme. Qu’est-ce qui était important pour vous?

Il fallait être très simple, très pragmatique, pour que les coiffeurs formés puissent travailler. Ils ont besoin de comprendre le cheveu d’un point de vue biologique et physique, connaître leurs clientes, les diagnostics, les historiques, et maîtriser les différentes techniques de coiffure comme le soin, le coiffage, la coupe, la couleur, les mèches, la décoloration et les changements de forme, y compris les lissages, comme les lissages brésiliens.

Comment s’est déroulée la mise en place de cette formation ?

En 2015, quand je me suis lancée dans l’aventure Studio Ana’e, je suis allée rencontrer le ministère de l’Éducation nationale et l’Unec avec un dossier, parce que je savais qu’il fallait démontrer qu’il y avait de l’employabilité dans ce domaine. Un consensus s’est assez vite formé et un début de travail a commencé avec des commissions. Le Covid a énormément ralenti les choses. Finalement, le diplôme a été déposé en 2022, et les premiers enseignements ont commencé l’année dernière.

Il y a eu beaucoup d’inscriptions ?

Non, car, pour l’instant, il n’y a que cinq écoles qui ont été avalisées, avec peu de communication. Quand un élève sort avec son CAP ou son BP, il faut qu’il ait bien compris les enjeux pour aller faire une année de formation supplémentaire. C’est tout à fait normal pour un nouveau programme. Lors du lancement du BTS coiffure, les premières promotions comptaient seulement entre 5 et 10 élèves. C’est un processus long qui ne se met pas en place du jour au lendemain. Mais je suis confiante. Dans deux ou trois ans, tout fonctionnera très bien.

Compte tenu des besoins en France, pourquoi ce diplôme n’a-t-il pas été intégré au CAP ? Ce n’était pas plus simple ?

Non, parce qu’un CAP est financé pour 550 heures. Il y a une enveloppe budgétaire et ajouter 200 heures supplémentaires à un programme de plus de 500 heures nécessiterait des discussions financières avec l’État et les commissions paritaires qui financent les formations. On ne peut pas intégrer 200 heures de formation sur les cheveux frisés sans enlever des heures ailleurs ou sans financement supplémentaire.

Concrètement, comment se déroule cette formation ?

Son déroulement dépend de chaque école, qui peut arranger le programme selon ses préférences. Cela peut inclure une alternance, une formation continue, ou même, plus tard, la validation des acquis de l’expérience ou des modules spécifiques. Chaque école a la liberté d’orchestrer le programme comme elle le souhaite. Le tronc commun du diplôme est défini avec des compétences à acquérir, mais, comme tous les diplômes professionnels en France, il peut être adapté à différentes modalités de formation.

Cinq écoles accréditées pour enseigner ce programme, c’est peu, non ?

Oui, mais il faut former les enseignants ! En fait, on est au début du début. On est dans un cas assez rare où il n’y a rien. Personnellement, je préfère qu’il y ait cinq centres qui remplissent leurs cours correctement, plutôt que de nombreux centres qui pourraient compromettre la qualité de l’enseignement.

Quels conseils donneriez-vous à des coiffeurs qui souhaitent élargir leur palette de compétences aux cheveux texturés ?

D’abord, je dirais que ce n’est pas une remise en question de tout ce que vous savez. C’est un complément. Un coiffeur connaît les cheveux, ici, c’est juste une matière légèrement différente. C’est comme un pâtissier qui apprend à faire de la pâte à choux après avoir maîtrisé les tartes. C’est un enrichissement de ses connaissances, pas quelque chose de radicalement différent.

Tous ceux que j’ai formés – et qui avaient une formation classique pour cheveux raides – m’ont dit à quel point ils auraient aimé apprendre ces techniques plus tôt. En tant que coiffeurs, on se régale. Parce que la matière est extraordinaire, parce qu’on peut tout faire ! On peut coiffer boucler, coiffer lisse, donner du volume ou, au contraire, donner du non volume. Il y a une diversité du service qui est phénoménal. Et une clientèle qui en a tellement besoin qu’elle est heureuse qu’on s’occupe d’elle. 

Propos recueillis par Georges Margossian.

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