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La crise sociale gagne les dirigeants de très petites entreprises

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Près d’un dirigeant de TPE sur deux gagne moins que le Smic et plus d’un sur deux se dit mentalement épuisé, selon le dernier baromètre du SDI. Entre baisse d’activité, trésoreries en tension et perte de confiance, le malaise social s’étend désormais jusqu’aux plus petits employeurs.

Près d’un dirigeant de très petite entreprise (moins de 10 salariés) ) sur deux déclare se verser une rémunération inférieure au Smic. D’après le baromètre du Syndicat des indépendants et TPE (SDI), 48% gagnent moins de 1 426 euros nets par mois, pour une moyenne de 50 heures de travail hebdomadaire, et un tiers touche moins de 1 000 euros.

«La précarité des revenus reste frappante», observe l’organisation patronale, qui a réalisé ce baromètre trimestriel auprès de 1 608 répondants, principalement des dirigeants de TPE réalisant un chiffre d’affaires annuel inférieur à deux millions d’euros. Peu exportatrices, ces structures dépendent presque exclusivement de la conjoncture nationale. 

La majorité des répondants font état d’une baisse d’activité, marquée par un ralentissement généralisé des commandes. Le recul touche à la fois la consommation des ménages, avec un panier moyen en baisse pour 81% des activités B2C, et les échanges interentreprises, où 83% des TPE constatent une diminution des commandes.

Un épuisement mental et social sans précédent

Jamais, depuis deux ans de baromètre, les dirigeants n’avaient exprimé un tel niveau de découragement, note le SDI. Plus de neuf répondants sur dix (92%) affichent un ressenti négatif vis-à-vis de leur activité, 53% se déclarent mentalement épuisés et près de la moitié admettent avoir déjà envisagé d’arrêter leur activité par découragement. 

Les témoignages recueillis par le SDI décrivent «des journées de 15 heures, la solitude face à l’administration, l’impossibilité de se dégager un revenu correct malgré un investissement total». Et cette fatigue chronique finit par peser sur la pérennité du tissu entrepreneurial : selon la Banque de France et le Conseil national des greffes des tribunaux de commerce, les radiations d’entreprises ont augmenté entre le deuxième trimestre 2024 et le deuxième trimestre 2025, y compris de manière volontaire.

Les problèmes de trésorerie demeurent massifs : 55% des dirigeants y sont confrontés. Dans ce contexte, la demande de crédit recule nettement (19%, contre 26% au trimestre précédent). Si les crédits d’investissement continuent d’être largement acceptés (93%), les crédits de trésorerie sont plus souvent refusés ou partiellement accordés (74% d’acceptation, proche des plus bas niveaux enregistrés depuis deux ans), détaille le baromètre. 

Les relations avec les banques restent globalement correctes, mais les frais bancaires deviennent un point de crispation : 63% des dirigeants les jugent trop élevés, et près d’un sur deux constate une hausse sur les douze derniers mois. Par ailleurs, la dégradation de la note de crédit de la France par l’agence Fitch inquiète 57% des répondants, qui redoutent un renchérissement du coût des crédits à moyen terme.

Défiance et désillusion politique des TPE

Sur le plan institutionnel, la confiance des dirigeants de TPE envers les pouvoirs publics atteint un plancher : seuls 4% expriment une opinion positive après la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon. Le climat social, lui aussi, se tend : 84% des dirigeants disent être confrontés à des arrêts maladie qu’ils estiment «de complaisance» dans au moins 10% des cas et 67% rejettent la dernière jurisprudence de la Cour de cassation sur les congés payés en cas d’arrêt maladie.

Même les mouvements sociaux ne recueillent plus le même soutien : 75% les approuvaient fin août, ils ne sont plus que 51% en septembre. Près de 69% jugent désormais que ces mobilisations «n’ont pas d’influence sur les politiques publiques». Ce désenchantement s’accompagne parfois de pertes économiques directes : 51% des dirigeants déclarent une baisse de chiffre d’affaires liée aux grèves et mobilisations.

La France compte plus de 4 millions de TPE, qui emploient 2,6 millions de salariés et génèrent près de 10% du PIB. Longtemps perçues comme des acteurs résilients, les très petites entreprises apparaissent désormais comme les premières victimes d’un malaise structurel. 

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