Pour la première fois, les Journées nationales de photodermatologie, organisées du 14 au 16 mai à Paris, ont accueilli un groupe thématique dédié aux peaux fortement pigmentées. Une avancée notable dans un champ longtemps centré sur les phototypes clairs.
«Depuis quelques années, tout un pan de la photodermatologie s’intéresse aux autres longueurs d’onde auxquelles nos peaux sont soumises lors d’une exposition au soleil», notaient les organisateurs, la Société française de photodermatologie (SFPD). Encore absentes de nombreux protocoles d’évaluation solaire, les peaux foncées ont été peu prises en compte dans les essais cliniques, malgré des besoins spécifiques en matière de photoprotection.
Et pour cause : la notion de « peau noire » repose sur une convention linguistique plus que sur une réalité scientifique. «Il existe en fait un spectre continu de couleurs de peau du plus clair au plus foncé, avec tous les intermédiaires», ont rappelé le Pr Antoine Mahé, qui enseigne à la Faculté de médecine de Strasbourg, et le Dr Christelle Comte, dermatologue à Paris, lors d’une table-ronde sur le sujet.
Moins de cancers, mais plus de pigmentations
Si leur richesse en mélanine leur confère une meilleure protection naturelle contre les UVB, les peaux foncées sont particulièrement exposées aux troubles pigmentaires induits par l’inflammation ou la lumière visible. Hyperpigmentation post-inflammatoire, acné pigmentaire, eczéma… : ces pathologies figurent parmi les motifs les plus fréquents de consultation.
Selon les données présentées à ce congrès de dermatologie, 20% des personnes à peau foncée consultent pour des problèmes de taches pigmentaires. Ces taches, appelées hyperpigmentation, apparaissent dans 65% des cas d’acné sur peaux foncées, alors qu’elles sont quasi absentes chez les personnes à peau claire.
Problème : «les recommandations de prise en charge thérapeutique, adaptées aux peaux claires, font régulièrement l’impasse sur la composante pigmentaire spécifique aux peaux ‘noires’, ce qui peut entraîner une prise en charge incomplète», ont relevé les dermatologues.
Des filtres mal adaptés aux peaux foncés
Les recherches récentes ont mis en évidence le rôle de la lumière bleue dans la stimulation de la production de mélanine, via un récepteur des mélanocytes appelé « opsonine 3 ». Un mécanisme particulièrement impliqué dans les troubles pigmentaires des peaux foncées, ont expliqué les spécialistes.
Ils ont aussi avancé quelques recommendations : «utiliser des crèmes solaires à indice intermédiaire (SPF 30)» et «privilégier les filtres couvrant les UVA et la lumière visible». Les formules solaires classiques, focalisées sur les UVB, ne répondent donc pas aux besoins spécifiques des phototypes IV à VI.
De nombreuses idées fausses freinent aussi l’adoption de gestes de protection adaptés. Parmi elles : «les peaux noires sont plus résistantes», ou encore «elles n’ont pas besoin de crème solaire», ont mis en garde les médecins. Leur conseil : «Ne pas se fier aux réseaux sociaux ou aux produits non traçables».
Mieux former pour soigner toutes les peaux
Mais au-delà des produits, c’est aussi la formation des soignants qui doit évoluer pour répondre aux besoins d’une population diverse. Longtemps absentes des cursus, les spécificités dermatologiques des peaux foncées restent encore trop peu enseignées. «Les manuels de référence ‘généralistes’ restent encore trop souvent centrés sur les phototypes clairs», a fait observer le Pr Mahé.
Des avancées sont toutefois à noter : certaines formations post-universitaires intègrent désormais ces enjeux, des ouvrages spécialisés voient le jour et les futurs dermatologues sont de plus en plus sensibilisés à une approche élargie. «Ce n’est nullement une médecine communautaire vers laquelle il faut s’orienter, mais une médecine complète et inclusive, pour toutes les peaux», en ont conclu les participants.
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