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« Dans le spa hôtelier, compter sur les marques est une douce illusion »

Olivier Lecocq

Massages en chambre, espaces détente de créateurs, conditions de travail… Profession bien-être revient avec le fondateur de Monmasseur.com, Olivier Lecocq, sur l’évolution en vingt ans du spa hôtelier français.

Olivier LecocqProfession bien-être : Comment avez-vous investi le massage en milieu hôtelier ?

Olivier Lecocq : C’est déjà une longue histoire… Avant la création de Monmasseur.com, tout passait par les concierges des grands hôtels. Ils étaient là pour fournir tout ce que pouvaient désirer les clients des palaces, des places du dernier concert à la mode aux massages en chambre. Autant dire qu’ils voyaient d’un très mauvais oeil la naissance de ma petite entreprise !

De 2002 à 2010, j’ai été très mal vu par ces hommes aux clés d’or ! Lorsque Le Meurice m’a fait confiance en 2003, le concierge m’a même menacé : «Je vais vous détruire !», m’avait-il dit. Il m’a fallu remonter jusqu’à la direction générale pour calmer les choses…

Pourquoi cette animosité ?

Peut-être parce que je proposais un cadre structuré, avec une garantie de qualité et de rigueur. Avec moi, il n’y avait pas de dessous de table, pas de rétrocessions. La relation commerciale se passait entre l’hôtel et ma société, et ils n’y avaient plus accès.

Mais les choses ont fini par s’arranger…

Oui, j’ai eu de la chance. Six mois après Le Meurice, le Ritz a fait appel à mes services. L’affaire était lancée. À l’heure actuelle, j’ai 42 hôtels partenaires. Mais ne croyez pas que ce soit un pactole : nous comptons actuellement 25 rendez-vous par jour, ce qui fait en moyenne

La clientèle des palaces fait rêver tous les masseurs…

C’est pourtant un travail difficile ! Il faut travailler en dehors des heures de travail, et les pourboires ne sont pas toujours au niveau des espérances. Et encore ! Les masseurs aujourd’hui ont plus d’avantages qu’il y a vingt ans. L’entreprise doit aujourd’hui tout fournir : la table de massage, les produits, etc. Car l’hôtel ne prévoit rien.

Et le chiffre d’affaires n’est pas forcément au rendez-vous… Nous comptons aujourd’hui 25 massages par jour pour l’ensemble des hôtels, ce qui fait un peu plus d’un rendez-vous tous les deux jours par hôtel.

Est-ce pour cela que vous avez créé des espaces wellness fixes, comme au Prince de Galles ?

J’ai créé l’espace wellness du Prince de Galles à un moment où les hôteliers étaient fatigués de consacrer des sommes folles à la création d’un spa. La direction a été réceptive, car les frais étaient limités, puisqu’il s’agissait de créer une suite spa avec un hamac, une douche et une cabine de massage organisée comme un petit salon intime, donc un investissement raisonnable.

Il faut savoir que lorsque je prends un spa en gestion, je ne gagne pas d’argent. C’est paradoxal, mais, la plupart du temps, l’espace est vide. Le Prince de Galles est un cas à part, puisqu’il a constitué mon flagship.

Comment expliquez vous cette désaffection, alors que vous avez du personnel de qualité et des espaces très qualitatifs ?

Il y a plusieurs raisons. Mais la principale est sans doute que la mentalité des hôteliers n’a pas changé en vingt ans. Peut-on leur en vouloir ? Leur métier, c’est l’hébergement. Le bien-être, c’est quelque chose d’accessoire, un «must» qui coûte de l’argent, alors que cela pourrait être facilement un poste de profit.

Il suffirait de communiquer. D’abord, auprès de ses propres clients, dès l’enregistrement, dans la chambre, sur les écrans, ne serait-ce qu’un flyer dans la chambre, et pas dissimulé sous les produits d’accueil comme le cirage ou le sac à linge sale par exemple… Anecdote vécue : beaucoup de clients découvrent «par hasard» qu’il existe un espace détente dans l’établissement.

Les hôteliers comptent surtout sur la marque partenaire ou sur l’exploitant spa pour communiquer…

Compter sur les marques est une douce illusion. Les marques ont leur propre politique. Elles vont plutôt se servir de la réputation de l’hôtel pour se hausser du col. N’oublions pas que l’intérêt de la marque, c’est de vendre des produits. Et vu la fréquentation des spas d’hôtels, les ventes vont être dérisoires.

Non, je le répète, l’hôtel doit communiquer, et surtout auprès de ses propres clients, qui représente un marché captif. La clientèle extérieure ne devrait représenter que 15 à 20%. Pourquoi viendrait-elle dans un hôtel de luxe payer plus cher pour la même prestation qu’elle peut avoir ailleurs ? Surtout que, la plupart du temps, l’espace détente a été placé dans un endroit peu adapté.

Il y a pourtant de très jolis endroits dans ces « mini-spas »…

Oui. Des endroits conçu par des designers de renom, qui n’ont aucune notion pratique. Je ne veux citer personne, mais j’ai des exemples : des fauteuils en tissu au bord de la piscine… Qui aime s’asseoir sur un fauteuil mouillé ? Un lit de massage trop large, confortable pour le client XXL certes, mais impossible pour un masseur de petite taille : tout le monde ne mesure pas 1m90 et n’a pas envie de se casser le dos au termes d’un massage.

Le pire, c’est que l’hôtelier, qui a dépensé beaucoup d’argent pour le designer en question, ne veut pas que l’on touche au design de la cabine, estimant que le luxe de l’endroit est sa meilleure publicité. Et il se retrouve avec un lieu où personne n’a envie de travailler…

Plusieurs hôtels de luxe se sont lancés  dans des espaces de santé intégrative, une alternative au spa…

Oui, je vois fleurir des concepts de ce type depuis quatre ans. C’est une bonne idée qui ne rencontre pas le succès qu’elle mériterait. Toujours pour les mêmes raisons : un défaut de communication. Et il est encore compliqué de parler de la santé dans un environnement hôtelier.

En résumé, les hôteliers manquent d’imagination en matière de bien-être ?

Pas tous ! Prenez l’exemple de l’hôtel Paradiso, au-dessus du cinéma MK2, à Nation, où l’on peut se faire masser en loge privée, tout en regardant un film à l’affiche. Cet hôtel cinema a su conjuguer détente et bien-être dans une formule originale.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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