Alors que la profession attend la publication d’une fiche «métier», qui doit préciser les mesures sanitaires pour les instituts de beauté, de nombreuses questions se posent dans le milieu de l’esthétique, notamment sur les soins visage et l’épilation.
La semaine dernière, le groupe Guinot-Mary Cohr jetait un pavé dans la mare en évoquant, dans une lettre ouverte destinée à la profession et au gouvernement, une possible interdiction des soins visages en institut. Il n’en fallait pas plus pour déclencher un mouvement de panique parmi les esthéticiennes, déjà éprouvées par la fermeture de leurs établissements.
Et pour cause : les soins visage, s’ils ne concernent que deux rendez-vous sur dix, n’en constituent pas moins la moitié du chiffre d’affaires d’un institut, souligne l’entreprise, qui fédère 1 300 instituts en France. En clair, cette décision, si elle était prise, hypothéquerait l’avenir de nombreux établissements, déjà endettés auprès des banques avec des prêts garantis à 90% par l’Etat.
Comment, dans ces conditions, effectuer les remboursements nécessaires ? La situation déboucherait sur des licenciements de personnel et des fermetures en masse de commerces, entraînant dans leur sillage la chute d’activité des fournisseurs de produits, de matériels et de tous les industriels de secteur.
La décision du groupe Yves Rocher d’ouvrir ses magasins, mais pas tout de suite, ses cabines et de supprimer les soins visages de sa carte n’a pas atténué l’inquiétude des esthéticiennes. Certaines d’entre elles, comme Cécile, à Bordeaux, sûre de rouvrir ses portes le 11 mai, avait déjà rempli son carnet de rendez-vous.
Particulièrement prévoyante, elle avait, très en amont, prévu des mesures de protection, dont visière, casques, gants, gel et spray désinfectant, avant même de connaître les dispositions exigées par le gouvernement. Aujourd’hui, elle s’interroge sur Facebook : pourra-t-elle vraiment reprendre son activité comme prévu ?
Une norme Afnor en préparation
Du côté de l’Afnor, où un groupe de travail formé des principaux fabricants du secteur, de médecins et des syndicats planche sur les bonnes pratiques des soins de beauté, aucune norme n’a encore pu voir le jour. Tout au plus, sait-on, par quelques indiscrétions, que l’esthéticienne devrait porter masque et visière, se laver les mains, brosser ses ongles et utiliser du gel avant de commencer son soin.
Selon Edouard Falguière, directeur affiliation du groupe Guinot-Mary Cohr et membre du groupe mis en place par l’organisme de normalisation, les soins humides du type hammam ou à base de vapeur, comme le vapozone, sont dans le collimateur, le virus se transmettant via des gouttelettes. «Rien n’est acté», tempère Martine Beranguel, co-présidente de la CNAIB, le syndicat représentatif de la profession.
Les fiches sanitaires devront, en effet, le préciser. En attendant, le ministère du Travail vient de publier un «protocole national de déconfinement» à l’attention de toutes les entreprises. Il viendra compléter les consignes spécifiques destinées à l’esthétique. Il prévoit notamment des recommandations générales sur la gestion des flux, les équipements de protection individuelle, les tests de dépistage ou encore le nettoyage et la désinfection des locaux.
La cartouche de cire sur la sellette ?
Mais à l’heure où les mesures sanitaires se multiplient dans les entreprises, une autre activité, essentielle dans l’esthétique, mobilise les professionnelles : l’épilation, en particulier la cartouche de cire roll. «Anti-hygiénique», pointe encore le groupe Guinot-Mary Cohr. «La cartouche de cire est utilisée sur la peau de plusieurs clientes, et donc au contact de plusieurs clientes sans possibilité de désinfecter la totalité de la cartouche», peut-on lire dans sa lettre ouverte.
Ce procédé «répandu dans plus de la moitié des instituts de beauté en France pratiquant l’épilation» devrait être examiné par des commissions médicales scientifiques, selon Edouard Falguières, qui affirme que «les autorités sanitaires envisageraient d’interdire l’utilisation des cartouches de roll-on et de la cire recyclable». «La publication pourrait être officialisée dans les prochaines semaines», a-t-il assuré à Profession bien-être.
Mais cette annonce ne fait pas l’unanimité. «C’est un faux problème», estime, pour sa part, Jean-Marc Sirop, à la tête de Perron-Rigot, l’un des plus importants fabricants de cire du marché. «Si nous parlons uniquement d’hygiène, il suffit d’utiliser une cartouche roll on par cliente. Et si elle n’a pas été utilisée entièrement, on peut la mettre de côté dans un contenant adapté en vue du prochain rendez-vous de la cliente», a-t-il précisé à Profession bien-être.
Pour ce professionnel de l’épilation, ce n’est pas tant l’hygiène que la méthode qui est en cause. Les fabricants pourraient ainsi commercialiser des cartouches à plus faible contenance pour un usage unique. En fait, leur abandon pourrait tout simplement venir des clientes elles-mêmes, ajoute Jean-Marc Sirop, qui cite l’exemple des Etats-Unis, où la cartouche de cire a vécu, laissant la place à la cire jetable.
Epilation et soin visage toujours au top
La position des clientes ? Pour évaluer dans quelle mesure la crise sanitaire risquait de modifier leurs habitudes, la marque Ella Baché a réalisé un sondage auprès de 1 066 consommateurs de son réseau, du 24 au 28 avril 2020. Même si seulement 3% d’entre elles indiquent ne plus vouloir retourner dans un institut, l’inquiétude est palpable.
Près de huit clientes sur dix demandent des mesures et des accessoires de protection : masques, gants, visières, ustensiles à usage unique, gel, etc. Et, pour cela, la plupart d’entre elles (90% ?) sont prêtes à payer leurs prestations un peu plus cher (de 1 à 5 euros) pour se sentir protégées. «Toutes ces mesures seront inefficaces si elles ne sont pas communiquées clairement aux clientes. Elles espèrent recevoir un email de leur esthéticienne à l’occasion de la réouverture précisant étape par étape les mesures de protections prises», prévient toutefois Stéphane Abouaf, directeur général de la marque.
Sans surprise, l’épilation et le soin visage resteront les plus demandés (deux personnes interrogées sur trois). On devrait aussi constater une demande accrue de soins minceur, due au stress du confinement, aux excès alimentaires et au manque d’activité physique de cette période, selon les résultats de ce sondage.
Enfin, les prestations autour du regard, qui ne touchaient qu’une cliente Ella Baché sur dix, devraient augmenter de 50%. Le port du masque, qui donne une importance plus grande aux yeux, y est sans doute pour quelque chose… Pour Stéphane Abouaf, «cette crise va changer l’organisation du travail dans les instituts de beauté», lui donnant l’occasion «de communiquer une image d’expertise, de professionnalisme et de rigueur auprès des clientes». Avec, toutefois, quelques gestes sanitaires en plus.




