Beauté

Bien-être

Business

Alopécie : « Il n’existe aucun traitement qui fasse pousser un cheveu »

La greffe capillaire s’est banalisée, même chez les jeunes, et elle ne concerne pas que les hommes. L’alopécie touche aussi les femmes. Les explications d’Assaf Bendavid, directeur technique chez The Clinic.

Profession bien-être : Contrairement à une idée-reçue, l’alopécie n’est pas un problème essentiellement masculin. Est-elle aussi fréquente chez les femmes ?

Assaf Bendavid : Pas autant. Aujourd’hui, 74% des hommes sont touchés par la calvitie, contre à peu près 26% des femmes, et à tous les âges. On a des patientes très jeunes, qui ont entre 25 et 30 ans, avec des alopécies androgénétiques, souvent familiales, d’autres, qui ont eu des accidents de la vie, avec des maladies graves nécessitant des chimiothérapies.

L’impact de l’alopécie sur la qualité de vie est-il plus important chez les femmes que chez les hommes?

C’est très difficile d’évaluer. Néanmoins, quand une femme fait la démarche de s’informer et de venir en consultation, cachant parfois son cuir chevelu avec un foulard ou une casquette, il y a une vraie souffrance psychologique, une vraie détresse, à l’inverse de ce qu’on peut constater chez les hommes.

Chez les hommes, on invoque souvent une cause hormonale. Et chez les femmes, qu’est-ce qui peut faire tomber leurs cheveux ?

Chez l’homme, il y a souvent une alopécie dite androgénétique. Chez une femme, les causes sont multiples : un dérèglement hormonal, des carences, notamment en fer, une fragilisation à la suite d’un accouchement, un problème de thyroïde, la ménopause, etc. Bref, au lieu de partir systématiquement sur une greffe, comme on le ferait chez un homme, on va souvent tenter de déterminer d’où pourrait provenir cette carence ou cette déficience, à l’origine de la chute de cheveux.

Est-ce que la coloration peut avoir un impact ?

Aujourd’hui, la coloration n’est plus un facteur aggravant, parce que la majorité des produits utilisés par les coiffeurs ou vendus au public sont moins agressifs qu’avant, dans la mesure où il n’y a quasiment plus d’ammoniaque. De même qu’il y a de plus en plus de colorations dites bio, qui utilisent des produits plutôt doux.

Est-ce que le type de coiffure peut accélérer la perte de cheveux ?

Oui, et cela fait partie des complications. Par exemple, beaucoup de femmes d’origine africaine viennent nous voir pour ce qu’on appelle une alopécie de traction. Dès leur plus jeune âge, les mamans ont tendance à les amener dans des salons où on va leur faire de jolies tresses. Le problème, c’est qu’elles vont répéter cet acte tout au long de leur vie.

Il n’est pas rare aujourd’hui qu’on ait des patientes de 20 ans, avec des lignes frontales qui ont reculé de 2 cm. On observe aussi des patientes qui ont tendance à se faire des chignons au quotidien, comme les hôtesses de l’air ou les danseuses, en tirant sur leurs cheveux. On a alors des lobes temporaux qui se dégagent ou des lignes frontales qui reculent…

Quelles sont leurs limites des traitements actuels ?

Aujourd’hui, il n’existe aucun traitement qui fasse pousser un cheveu. Le meilleur qu’on puisse attendre de ces produits, tout comme ceux à base d’injections – on peut injecter des vitamines naturelles ou bien du plasma dans le cuir chevelu -, c’est un ralentissement de la chute et une amélioration de la qualité. En aucun cas, ils vont permettre de faire repousser des cheveux.

Pourquoi la greffe de cheveux n’est-elle pas efficace chez toutes les femmes ?

Le principe même de la greffe de cheveux, c’est de retirer des cheveux à l’arrière du crâne et sur les côtés, et de les réimplanter sur les zones qui ont besoin d’être redensifier. Ce qui va déterminer la réussite d’une greffe, c’est donc la qualité de la zone donneuse. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il existe chez une femme un type d’alopécie un peu particulier qui s’appelle l’alopécie androgénétique diffuse.

Sa particularité, c’est que la patiente va perdre ses cheveux sur l’ensemble du crâne, y compris les côtés et l’arrière. Dans cette configuration, aucune greffe n’est envisageable. On ne dispose plus suffisamment de cheveux pour pouvoir les prélever et les réimplanter sur le dessus.

Que proposez-vous à ces patientes ?

Nous leur proposons une nouvelle solution, la méthode Hairsthetics, qui consiste à implanter des fibres synthétiques sous anesthésie locale. L’avantage, c’est que, non seulement elle redonne tout de suite du cheveu, mais vous avez aussi un résultat immédiat, ce qui n’est pas le cas dans une greffe, où il va falloir attendre entre 6 mois et 1 an pour avoir un résultat convenable.

Convient-elle à toutes les alopécies ?

Oui. La différence entre les hommes et les femmes, c’est que les hommes vont immédiatement venir à la greffe capillaire sans même avoir tenté des traitements médicamenteux pour tenter de ralentir la progression de la calvitie, tandis que les femmes, à l’inverse, vont tenter tout ce qui est possible avant de prendre la décision de consulter et de se soucier réellement de leur perte de cheveux. 

Comment se passe l’intervention ?

On reçoit la patiente en consultation. Il y a un examen clinique pour déterminer si ce type de traitement peut lui convenir. On fait ensuite le choix du coloris, puis on effectue un test de 10 minutes en implantant, sous anesthésie locale, 48 fibres sur les zones arrières du crâne. On va ensuite attendre entre 4 et 6 semaines pour être sûr qu’il n’y ait aucune réaction cutanée, avant d’envisager une implantation plus importante.

Combien de fibres implantez-vous ?

En général, entre 600 et 1 200 fibres. On s’arrête volontairement à ces chiffres-là, parce qu’on essaye de solliciter le cuir chevelu le moins possible, pour réduire le risque inflammatoire. Une implantation de 1 000 fibres va prendre environ 45 minutes. C’est très rapide et totalement indolore. Et la patiente ressort avec des cheveux immédiats.

Et après ?

Les femmes vivent tout à fait normalement. La seule chose qui est proscrite, c’est le fer à lisser. Elles peuvent faire des brushing sans aucun problème, voire attacher leurs cheveux comme elles le souhaitent. Elles peuvent aussi faire des teintures, mais la fibre ne prendra pas la couleur. On a un éventail d’une dizaine de teintes différentes. 

Il ne faut pas se tromper sur la couleur…

Vous avez raison, on ne peut pas s’amuser à changer de couleur. Il nous arrive parfois de mettre deux teintes différentes, comme des sortes de mèches. Mais quand vous avez une alopécie androgénétique diffuse et qu’on vous propose ce type de solution, je vous assure que la coloration n’est plus un problème.

Est-ce que la fibre supporte les extensions ? 

On ne l’a pas encore testé. On mettrait plutôt ce type de pratique dans les contre-indications, car ce n’est pas une bonne idée d’avoir une traction permanente. Et puis, souvent, les extensions sont collées, ce qui détériore la fibre.

Faut-il envisager de nouvelles interventions ?

On s’aperçoit que les patientes reviennent beaucoup plus vite qu’on ne le pensait, tout simplement parce qu’il y a un côté un peu addictif et qu’elles veulent plus de cheveux… En fait, la fibre va tomber naturellement à hauteur de 10% par an, parce que, dans la vie quotidienne, quand une patiente va faire un peu de sport, transpire, les pores se dilatent un peu, provoquant une légère chute de cheveux.

Quel est son coût ?

Le prix varie en fonction des quantités de fibres qu’on doit implanter. Aujourd’hui, on est sur des interventions qui vont coûter entre 3 500 et 9 600 euros.

Propos recueillis par Georges Margossian.

 

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
Email
Dans la même catégorie

Nous utilisons des cookies