Pour l’artisan coiffeur Laurent Melin, président de la Fédération nationale des Socama, un réseau qui cautionne chaque année 30 000 prêts à destination des TPE et de l’artisanat, les petites entreprises doivent plus que jamais rester compétitives face à la crise.
Profession bien-être : Quelles sont les missions des Socama ?
Laurent Melin : Ce sont des sociétés de caution mutuelle qui s’adressent à l’ensemble des artisans, commerçants et professions libérales, et, bien sûr, tous les porteurs de projet, qui souhaitent un soutien à leur demande de financement. Il y a en a treize en France, une par région, avec, au total, 800 bénévoles. Partenaire de la Banque Populaire, ce dispositif permet de contre-garantir des prêts dans le cadre d’une création ou d’une transmission d’entreprise, ou, tout simplement, pour se développer.
Comment s’est passée la sortie de la pandémie pour les TPE et les artisans?
Tout le monde s’attendait à une catastrophe, mais nous n’avons pas observé d’entreprises qui ont dévissé. De ce point de vue, l’Etat a très bien accompagné les entreprises, notamment à travers le PGE (prêt garanti par l’Etat, NDLR). Les banques avaient fait des reports d’échéance. L’économie semblait aussi bien repartir. Au total, nous avons accompagné environ 30 000 prêts en 2021, ce qui a représenté 930 millions d’euros.
La demande de financement ne s’est pas ralentie depuis le début de l’année ?
Non, pas du tout. Jusqu’à la rentrée, on était plutôt repartis sur de bons investissements.
Que constatez-vous aujourd’hui ?
Avec la guerre en Ukraine, le prix des matières premières et les problèmes d’approvisionnements viennent compliquer l’activité des TPE. Du coup, on voit des entreprises qui commencent à avoir des difficultés.
Observez-vous une fragilisation des trésoreries ?
En tout cas, nous constatons une fragilisation des modèle de certaines entreprises. Peut être étaient-elles déjà fragilisées en amont, avant que les aides gouvernementales ne les mettent, en quelque sorte, sous perfusion.
C’est aussi vrai dans la coiffure et l’esthétique ?
Oui, également. C’était des secteurs d’activité qu’on avait peu l’habitude de voir en contentieux. Là, on commence à en voir quelques-unes.
La hausse des taux d’intérêt s’accompagne-t-elle d’un accès plus difficile aux crédits pour les petites entreprises ?
A partir du moment où leur business plan est cohérent et pragmatique, visé par les services financiers, il n’y a pas plus de réticences de la part des banques et des Socama. La preuve en est que nous sommes aujourd’hui sur un niveau de production identique, voire légèrement supérieur à l’année dernière.
Face à cette nouvelle crise, que conseillez-vous aux porteurs de projet ?
Je leur conseille de rester sur des choses très pragmatiques. On se doit d’évoluer face aux transformations, notamment énergétiques et environnementales. Il faut continuer à investir, en évitant les projets sur-dimensionnés, parce qu’une entreprise doit rester plus que jamais compétitive face aux besoins de ses clients.
Propos recueillis par Georges Margossian.



