Smartphone, réseaux sociaux, télétravail : avec la pandémie, l’essor du digital a créé une nouvelle aliénation, le «FOMO», la peur de rater quelque chose. Un syndrome qui inspire déjà certains spas, qui conçoivent de nouveaux soins.
Ce n’est pas une surprise : les écrans omniprésents ont entraîné une véritable addiction numérique. Et la pandémie a encore amplifié le phénomène. La consommation de contenu aurait ainsi doublé en 2021. De leur côté, les plateformes de réseaux sociaux ne font rien pour arranger les choses. Au contraire, elles sont addictives et encouragent l’internaute à passer le plus de temps possible en ligne.
Elles ont ainsi provoqué un nouveau symptôme – le FOMO, abréviation anglaise de «Fear of Missing Out») qui désigne la peur de passer à côté de quelque chose – et un stress émotionnel, mental et physique, ne serait-ce que parce que la vision du monde que proposent les réseaux sociaux est de plus en plus filtrée et déformée. Une connexion constante peut ainsi avoir des effets néfastes à la fois sur l’esprit, le corps et le mental.
Il n’est donc pas surprenant que les spas s’intéressent de très près au phénomène. A New York, au spa du Mandarin Oriental, les clients se plaignent de plus en plus de problèmes de posture, de tensions dans les épaules et au niveau des hanches. Pour Jeremy McCarthy, directeur général du pôle spa du groupe hôtelier, ces souffrances viennent principalement du mode de vie moderne, les gens passant trop de temps assis à regarder des écrans.

Résultat : au spa du Mandarin, on retrouve désormais des guides de pleine conscience et des livres à colorier pour offrir aux clients une pause sans écran. L’équipe a d’ailleurs conçu un soin spécifique, le «Digital Wellness Escape» (260 euros les 50 minutes, 370 euros les 80 minutes). Il s’agit d’un massage qui se concentre sur la tête, le cou, les yeux, les épaules, les mains et les poignets, pour soulager les tensions. Le spa organise aussi des évènements de sensibilisation, comme le rituel «Silent Night», qui prépare les clients à une nuit de silence et de déconnexion.
Des troubles musculo-squelettiques
Les spas nord-américains ont été les premiers à proposer des soins pour venir à bout de ces phénomènes. Depuis cinq ans, le Mountain Trek Fitness Retreat & Health Spa, à Ainsworth, en Colombie Britannique (Canada) propose à ses clients une Digital Detox, sous forme d’un séjour de sept nuits tout compris, au tarif de 5 900 dollars canadiens (environ 4 360 euros). Le régime est sévère : une alimentation dépourvue d’alcool, de sucre, d’amidon et d’aliments transformés, ainsi qu’une restriction drastique sur les appareils numériques.

Même si les clients ne réalisent pas toujours que des symptômes comme des raideurs dans le cou, l’inflammation du canal carpien ou encore la hausse de leur taux de cortisol sont directement liés à leur addiction aux écrans, ils n’en apprécient pas moins cette pause. Il faut dire que le spa ne lésine pas sur les moyens pour les soulager : massages deep tissue, cours de yoga matin et soir, coaching d’alignement postural…
Ils sont également alertés sur les dangers d’un déséquilibre hormonal, de l’insomnie et des mauvaises postures. Pour Kirkland Shave, directeur de la cure «Mountain Trek», il s’agit aussi de lutter contre le vieillissement. «La fatigue oculaire due au temps passé devant un écran provoque plus de rides faciales. Le sédentarisme entraîne un manque de tonus musculaire et un relâchement cutané chez nos clients matures», affirme-t-il, en préambule de son programme.
La lumière bleue des écrans est, non seulement accusée de provoquer un vieillissement prématuré, mais aussi d’entraîner des troubles du sommeil, des courbatures dues à l’inaction et une anxiété latente. «La lumière artificielle nous fait penser que nous devrions être éveillés, et nous empêche de nous endormir», explique Angee Smithee, directrice régionale des spas chez Hyatt.

La direction du groupe hôtelier expérimente une nouvelle conception de menu dans son spa Avania, à Scottsdale, en Arizona, privilégiant les clients qui recherchent une touche personnelle. La detox commence ici avec un massage suédois traditionnel (165 euros les 60 minutes, 225 euros les 90 minutes). Là aussi, tout a été conçu pour apaiser : en plus des murs sans horloge, des restrictions pour les téléphones portables, de l’éclairage naturel et des espaces extérieurs, le spa s’est équipé de lits spa Wave, dont les vibrations sonores favorisent la pleine conscience.
Poursuivre les soins à domicile
Les spas que nous avons passés en revue ne se contentent pas de proposer des soins sur place. Moutain Trek encourage les clients à tenir un journal de leur detox digitale tout au long de leur séjour et à assister aux cours organisés, pour intégrer des habitudes plus saines. L’idée ? Prolonger l’effet de la detox lorsqu’ils seront rentrés chez eux.
On leur conseille ainsi d’éteindre les appareils électroniques au moins une heure avant d’aller au lit, d’ajuster l’intensité lumineuse de l’écran, passer les téléphones en mode avion dès que possible, les bannir des réunions et des repas, minimiser les invitations et les alertes des plateformes et prendre chaque semaine des «pauses numériques».
A Scottsdale, les praticiens du spa Avania établissent un programme à domicile pour les clients : exercices spécifiques, étirement ; conseils posturaux, voire recommandations de lecture. C’est le moment de revenir au livre imprimé, pour reprendre le temps de vivre. Au Mandarin Oriental, on va même un peu plus loin. On propose aux clients de réserver du temps chaque semaine pour s’occuper de leur bien-être sans les sonneries intempestives de leur portable. Histoire de renouer avec des valeurs humaines importantes.
Pensez à votre personnel
Pourquoi réserver aux seuls clients les avantages de cette digital detox ? Les professionnels du spa peuvent aussi bénéficier de ces soins. Pratiquer ce que vous prêcher auprès de vos clients ne peut rendre vos conseils que plus authentiques et utiles…
Pour commencer votre propre digital detox, faites l’inventaire de votre temps d’écran quotidien. La plupart des smartphones vous donnent cette information. D’innombrables applications peuvent aussi être téléchargées pour surveiller, inviter et restreindre l’utilisation en fonction des règles que vous définissez vous-même.
Ensuite, n’hésitez pas à désactiver les notifications d’application et les alertes non sollicitées provenant de nouveaux messages, mises à jour ou actualités. Vous pouvez également éteindre ou mettre votre téléphone en mode avion.
Effectuez des «jeûnes» réguliers sur les réseaux sociaux en vous déconnectant ou en supprimant complètement des applications pendant un certain temps. Ensuite, voyez comment vous vous sentez. Quels sont vos nouveaux réflexes ? Avez-vous remarqué à quel point vous pouvez être productif sans interférence digitale ? A bon entendeur…






