Contraction de deux mots anglais, «water» et «shiatsu», le watsu, qui se pratique dans une piscine d’eau chaude, a connu son heure de gloire dans les spas américains, avant de débarquer, timidement, en France. Ses indications sont nombreuses. Trop, peut-être.
Régressif, apaisant, unique… En débarquant en France, il y a une dizaine d’années, le watsu a vite fait parler de lui. Cette méthode au nom japonisant n’a pourtant rien de spectaculaire. Dans un petit bassin d’eau chaude, on se laisse porter, bercer, étirer et masser (légèrement) par un praticien, avant d’en ressortir, trois-quarts d’heure plus tard, un peu endormi et détendu.
Mais ses effets sur l’organisme n’ont pas fini d’être débattus. Aux Etats-Unis, plusieurs centaines de praticiens ont été formés à cette méthode de relaxation. Et les nombreux retours d’expérience capitalisés depuis son apparition, dans les années 1980, auraient dû offrir aux chercheurs un terrain d’observation privilégié. Or, comme nous allons le voir, il n’en est rien. La recherche scientifique peine à trouver ses marques…
En quoi consiste le Watsu ?
Le principe consiste à abandonner son corps aux mains d’un praticien, pour relâcher les tensions musculaires, libérer la respiration et vaincre d’éventuelles résistances mentales. La chaleur de l’eau (33 à 35°C) et la faible profondeur du bassin contribuent au lâcher-prise. Le corps finit par se détendre et se positionne naturellement à l’horizontal. Le praticien, qui se tient debout, peut alors commencer la séance en effectuant une série de mouvements d’acupressure et de longs étirement doux, destinés à libérer les blocages du corps.
D’où vient cette pratique ?

Le watsu a été développé par l’Américain Harold Dull. Dans les années 1980, il décide d’utiliser les sources d’eau chaude de Harbin Hot Springs, à Middletown, au nord de la Californie, en y ajoutant des techniques de zen shiatsu. Il crée, dans la foulée une école, puis une fédération internationale, la World Aquatic Bodywork Association (WABA). «Notre objectif est un monde où chacun se tient et flotte dans les bras de l’autre», aurait déclaré le maître shiatsu, selon Business Week.
Comment se déroule une séance ?
Le «donneur» invite le «receveur» à s’allonger pour faire la planche, avant de le soutenir au niveau du dos et des jambes. Des flotteurs sont placés à ses chevilles pour lui faciliter la tâche. Les oreilles sont immergées. Après avoir accordé sa respiration sur celle du receveur, le donneur commence alors une sorte de valse aquatique, déplaçant les membres, étirant les bras, les épaules et les chevilles, tout en exerçant une pression sur des méridiens d’acupuncture.
Le corps ainsi manipulé tourne en spirale, ondule et flotte, comme s’il se trouvait en apesanteur. Le receveur doit ainsi éprouver une sensation de lâcher-prise et une relaxation profonde. Des émotions refoulées refont parfois surface. La séance se termine au bout de 45 minutes.

Peut-on parler de « thérapie » ?
Pour un praticien, l’élément aquatique apporte un avantage incontestable : pouvoir effectuer des étirements et des manipulations musculaires qui ne seraient normalement pas possibles lors d’un massage conventionnel. Le milieu aquatique permettrait de soutenir des efforts, au niveau des articulations, sans risque de lésion, ses effets calmants sur le système respiratoire réduiraient la douleur. De plus, les mouvements et la relaxation permettraient d’accroître le flux sanguin vers les tissus et les organes internes, la récupération après un effort physique en serait facilitée.
Pour le receveur, une synthèse réalisée par une chercheuse roumaine* suggère que le watsu aurait ainsi de nombreux domaines d’application : diminution de la fatigue ou de la douleur musculaire, réduction de la tension et du stress, augmentation de la souplesse de la colonne vertébrale ou des articulations, amélioration de l’alignement postural, voire des habitudes de sommeil, etc.
D’autres effets ont également été observés pendant la grossesse, note une étude clinique menée en 2015. Selon ses auteurs, le Watsu aurait montré des «avantages significatifs» sur le stress, la douleur, l’humeur et la qualité de vie des femmes enceintes. L’échantillon était toutefois très réduit (26 participantes).
Les travaux scientifiques restent encore trop peu nombreux. En 2017, des chercheurs ont passé en revue la littérature sur le sujet, dont on peut consulter les conclusions dans Kinésithérapie, la Revue. Le résultat est mince. Leur recherche a révélé 1 248 citations uniques «potentiellement pertinentes», dont 459 traitent vraiment du watsu, mais seulement quinze articles rapportent des résultats quantitatifs concernant ses effets, et sur un large spectre d’applications (réadaptation, asthme, dépression, grossesse…).
«Le risque de biais est élevé du fait de la conception des études (seulement deux études randomisées contrôlées, une étude contrôlée), mais aussi par la qualité des rapports qui pourrait être améliorée», notent les auteurs. Conclusion ? L’idée que le watsu puisse être considéré comme une méthode de traitement efficace pour une grande variété de conditions cliniques n’a jamais été démontrée, les preuves étant jusque-là encore trop faibles pour soutenir le contraire.
(*) Stan Elena Amelia, «Effects of Water Watsu applications for people with impairment», Sport & Society/Sport si Societate, Jul. 2013, Vol. 13, Issue 1, p. 56.
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