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Marie Perez Siscar : « La thalasso pilote dans le brouillard, sans visibilité »

La thalassocraties pilote dans le brouillard

La thalassothérapie reprend des couleurs, après une excellente fin d’année. Mais beaucoup d’incertitudes demeurent, notamment un risque de pénurie de main d’œuvre, explique Marie Pérez Siscar, présidente de France Thalasso.

Marie Perez sisal, présidente de France ThalassoProfession bien-être : L’année 2021 s’est plutôt bien terminée ?

Marie Pérez Siscar : Oui. Sur nos mois travaillés nous avons même réalisé une augmentation de 10 à 20% ! Mais si l’on tient compte des mois de fermeture, le chiffre d’affaires des thalassos est bien sûr toujours inférieur à celui de 2019.

La thalasso a donc plutôt tiré son épingle du jeu ?

Nous avons été très aidés. Alors oui, nous avons pu passer la tempête. De là à dire que nous sommes tirés d’affaire… Je suis une incorrigible, j’ai donc accueilli ces mois de reprise comme une bénédiction du ciel ! Surtout lorsqu’on compare notre situation à celle de l’Espagne, où les PME qui n’ont pas reçu de soutien de l’Etat, ont connu une vraie hécatombe.

Mais la situation reste préoccupante. Avant, nous avions déjà du mal à nous projeter. Aujourd’hui c’est devenu impossible. Tout le monde pilote à vue, dans un brouillard complet, sans savoir de ce que sera fait le lendemain. Or, diriger une entreprise, c’est prévoir, ne serait-ce qu’un minimum.

Les réservations sont pourtant à la hausse ?

Oui. Mettez-vous à la place des curistes. Ils préfèrent réserver pour juin que pour février ! En ce moment, nous sommes en pleine concurrence avec les séjours à la neige, et les stations, elles aussi, ont du chiffre à rattraper.

Quels sont les problèmes que vous rencontrez ?

Outre la pandémie et la morosité générale, notre principal souci sera demain le manque de bras ! Dans notre activité, les salariés touchent presque la même chose pour rester chez eux que s’ils travaillaient. Ajoutez-y la peur du Covid et vous allez avoir du mal à recruter.

C’est un problème que personne n’évoque, mais la reprise ne pourra se faire si nous manquons de bras ! J’ai la chance d’être à la tête de deux entreprises familiales avec des équipes soudées et motivées, mais je suis bien consciente que ce n’est pas le cas de tous les centres. Croyez-moi, c’est un vrai problème. Et je ne parle pas simplement du personnel pour assurer les soins, mais tous les autres.

Quand vous êtes obligé, en plein mois d’aout, de fermer vingt chambres de votre hébergement, parce que vous n’avez pas assez de personnel pour assurer le service, ce n’est pas facile !

Quelles seraient les pistes pour promouvoir les séjours en thalasso ?

Je suis mauvais juge, puisque je suis engagée à fond dans la promotion des soins à l’eau de mer. Je ne fais pas de médecine ayurvédique ni de médecine chinoise. Je suis avant tout médecin et je crois aux vertus de l’eau de mer. Et un séjour en thalasso même très court et aussi dépaysant qu’un voyage à l’étranger. Et avec les bienfaits de la mer nous n’avons besoin d’aucun exotisme.

Je ne peux que me féliciter que le public s’intéresse de plus en plus à sa condition physique. Que la science s’invite dans les soins thalasso, pourquoi pas ? Initier les curistes à l’épigénétique est une bonne idée à la base. Et même si les puristes affirment que  ce n’est pas un séjour de trois jours, ni même une semaine, qui pourra avoir des effets durables, c’est un premier pas. Et ne serait-ce qu’une seule journée de thalasso aura plus d’effets que pas de thalasso du tout! Et si cette journée permet de prendre du recul et de revoir ses priorités, tant mieux.

Ce que nous, thalassos, devons faire, c’est éduquer le public à la vertu des petits pas dans la bonne direction. Il vaut mieux accueillir souvent un même client qui vient faire une journée ou un week-end que de se focaliser sur des clients potentiels qui prennent des cures complètes. L’essentiel est que le client reprenne le chemin du centre et qu’il y revienne souvent.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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