Soutien des adhérents, assistance juridique… Les franchises sont-elles mieux armées face à la crise ? Pour Pierre Fleury, fondateur de PFMarketing, cabinet spécialisé dans l’étude de marché, les réseaux, dans leur ensemble, ont su mieux limiter les risques.
Profession bien-être : Comment s’en sortent les réseaux de franchise ?
Pierre Fleury : On peut dire que c’est un marché plus résilient que la moyenne de l’économie. Il est clair que le franchisé s’en sort mieux que l’indépendant.
Comment l’expliquez-vous ?
Les concepts sont moins fragiles, même si la situation a été très difficile pour tout le monde. Je crois que cela tient à la structure de la franchise, notamment le fait de pouvoir compter sur le soutien des têtes de réseau. Pendant le confinement, beaucoup de franchiseurs ont lancé des actions pour accompagner les franchises contraintes de suspendre leur activité.
Comment, en particulier, sont-ils intervenus ?
En pesant, par exemple, sur la renégociation des loyers dans les centres commerciaux ou les relations avec les fournisseurs. Bien souvent, leur présence a permis d’accélérer les décisions favorables à leurs franchisés.
Cette crise a-t-elle marqué un tournant dans la franchise ?
Je dirais plutôt qu’elle a agi comme un révélateur. La franchise a traîné quelques casseroles durant plusieurs années. Aujourd’hui, la crise a clairement montré que les réseaux français étaient solides et bien organisés. Je suis persuadé qu’on verra moins de fermetures de franchisés que d’indépendants dans les mois à venir.
Quels seront, selon vous, les réseaux les plus fragilisés ?
Les réseaux qui ont eu tendance à s’ouvrir à des candidats moins expérimentés et plus jeunes, pour accélérer leur croissance, risque d’avoir des difficultés. Certains réseaux ont grandi trop vite, notamment dans la restauration et l’immobilier. Je pense que, dans les prochains mois, on aura moins d’ouvertures, moins de créations d’enseignes, et que les franchiseurs vont concentrer leurs efforts sur les candidats à forts potentiels.
Quelles leçons en tirez-vous ?
On ne peut pas ouvrir n’importe où, n’importe comment. Sur 200 ouvertures, 10% sont à peine viables, même si elles le sont sur le papier. Certaines enseignes ont cru que le choix d’une bonne implantation pouvait être réalisé par un algorithme. Ce n’est pas le cas. Il faut savoir revenir à la base, chaque implantation ayant des particularités qu’il faut étudier de près. Et pour faire ce travail, ne vaut-il pas mieux mettre une tête plutôt qu’un ordinateur ? Et donc, donner un peu plus de latitude aux candidats.
Quelles zones faut-il privilégier aujourd’hui pour affronter la crise ?
Je dirais les centres-villes et les centres commerciaux. Entre octobre et décembre, de nombreuses initiatives devraient être mises en place par les municipalités pour dynamiser leurs zones commerciales et la franchise est plutôt bien vue : elle aura une carte à jouer en mettant en avant sa capacité à attirer du flux et, donc, à faciliter le retour de la croissance pour les commerçants.
L’activité commerciale avant Noël sera donc une période test ?
Absolument. Je vois un certain optimisme chez les franchises qu’on accompagne. Ces réseaux pensent que c’est le moment de reprendre leur développement sur le territoire national. Ils ont clairement cette échéance en tête. Si Noël se passe bien, ils estiment qu’ils auront des raisons d’être optimistes.
Propos recueillis par Georges Margossian.



