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La coiffure a besoin de capitaines, pas seulement d’artisans !

Coiffure

Le secteur ne manque pas de mains habiles, mais de têtes bien formées. Tenir un salon, c’est gérer, décider et inspirer. Former les futurs pros à ces compétences s’impose pour transformer des coiffeurs talentueux en chefs d’entreprise aguerris. Par Loris Hug. 

Soyons lucides : les écoles de coiffure remplissent correctement leur mission première, former de bons techniciens. Elles transmettent le savoir-faire du geste, la maîtrise des outils, la créativité artistique. Mais elles laissent de côté ce qui conditionne la pérennité d’un salon : la gestion, le marketing, la communication, le leadership. Et c’est là que le bât blesse.

Après plusieurs échanges avec des professionnels, des jurys d’examen et des acteurs de l’éducation, un constat revient : les programmes peinent à s’adapter. Il faut parfois une décennie pour faire évoluer un cursus en CFA. Or, dans un monde où les tendances se renouvellent chaque trimestre, où les réseaux sociaux dictent les modes et où l’intelligence artificielle bouleverse nos habitudes, dix ans, c’est une éternité. Résultat : nous préparons des coiffeurs compétents sur le plan technique, mais trop souvent démunis face aux réalités d’un chef d’entreprise.

La compétence technique ne suffit plus

Beaucoup s’installent non pas par vocation de dirigeant, mais parce qu’ils disposent d’une grande zone de compétence technique et d’une clientèle fidèle. Certains se lancent même sur les conseils de leurs amis, de leur famille ou, par lassitude, d’un patron. L’ouverture de leur propre salon apparaît comme une suite logique. Mais le passage de l’autre côté de la barrière change tout. Car diriger, ce n’est pas coiffer. C’est piloter des chiffres, manager une équipe, anticiper des charges, comprendre des indicateurs, gérer la relation bancaire et développer une stratégie de communication. Autant de domaines qui ne s’improvisent pas et qui, mal maîtrisés, transforment une réussite technique en échec économique.

Alors oui, il existe un Bac Pro coiffure, censé offrir un programme plus complet. Mais soyons francs : combien de chefs d’entreprise se lancent réellement avec un Bac Pro ? Et surtout, ce Bac Pro ne fait-il pas que survoler des compétences qui devraient être centrales ? Car piloter une entreprise ne se limite pas à lire un bilan comptable. Et même quand ces sujets sont abordés en cours, ils résonnent rarement avec la réalité des futurs dirigeants.

Le paradoxe est frappant : devenir coiffeur demande environ quatre années d’école, d’efforts et d’examens. En revanche, devenir gérant se résume à quelques clics et à l’obtention quasi immédiate d’un Kbis. Ce contraste explique pourquoi tant d’entreprises ouvrent… et ferment presque aussitôt. La marche entre la maîtrise d’un savoir-faire et la maîtrise d’un business est immense, et beaucoup la découvrent trop tard.

Diriger, c’est un métier à part entière

D’où l’urgence d’une véritable rééducation business dans notre filière. Introduire dans les cursus des modules solides de gestion, de finance, de stratégie digitale et surtout de savoir-être managérial. Car le leadership, la posture, la capacité à inspirer et à fédérer sont aussi déterminants que la maîtrise d’un ombré hair. Former à ces compétences, c’est donner aux futurs entrepreneurs les armes pour faire face à la réalité.

Une telle réforme aurait trois vertus majeures. D’abord, limiter le nombre de défaillances : aujourd’hui trop d’entreprises ferment dans les cinq premières années faute de vision et de pilotage. Ensuite, réduire la concurrence mal préparée : beaucoup se lancent par réaction, sans réelle envie de diriger, et finissent par fragiliser tout l’écosystème. Enfin, responsabiliser la profession : face aux exigences de rentabilité, aux hausses de charges et à la vitesse du marché, seuls des gestionnaires formés et conscients peuvent garantir la solidité des salons.

Soyons francs : diriger une entreprise, c’est accepter les échecs, savoir se relever, porter une vision à long terme. C’est un métier à part entière. Tant que nous continuerons à former uniquement des techniciens, nous condamnerons beaucoup de talents à échouer dans l’arène de l’entrepreneuriat.

La coiffure française n’a pas seulement besoin de mains habiles. Elle a besoin de têtes bien faites, capables de tenir un cap. Plus que de bons coiffeurs, elle a besoin de véritables capitaines pour piloter des entreprises solides et durables.

LIRE AUSSI : La coiffure est-elle devenue un luxe ? 

BIO EXPRESS
Auto didactique visionnaire, Loris Hug considère chaque challenge comme une opportunité. Après 20 ans d’expérience sur le terrain et de gestion de salons, il aide aujourd’hui les professionnels à structurer, valoriser et digitaliser leur activité. 

 

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