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Méditation de pleine conscience : « Nous avons adopté des critères très stricts sur le plan méthodologique »

Méditation

Si toutes les civilisations ont pratiqué la méditation, celle-ci tardait à trouver des bases scientifiques pour être pleinement reconnue en Occident. Voilà donc chose faites avec cette étude conduite par une équipe franco-américaine. Les explications d’Eric Bui, professeur de psychiatrie à l’Université de Caen-Normandie, qui a participé à ces travaux.

La méditation de pleine conscience peut-elle se substituer aux antidépresseurs dans le traitement des troubles anxieux ? La réponse est oui, si l’on en croit les conclusions d’un essai clinique portant sur 276 adultes, conduit pendant quatre ans par le Dr Elizabeth A. Hoge, du département de psychiatrie de l’université de Georgetown, avec l’appui d’Eric Bui, psychiatre et enseignant-chercheur à l’Université de Caen-Normandie.

LIRE AUSSI : Troubles anxieux : la méditation est aussi efficace que les antidépresseurs

Eric Bui
Profession bien-être : En quoi cette étude marque-t-elle un tournant dans la recherche sur la MBSR (Mindfulness-Based-Stress-Reduction) ?

Eric Bui : C’est la première fois qu’on prouve que, pour un trouble anxieux, la méditation de pleine conscience est aussi efficace qu’un antidépresseur. J’insiste sur le fait que cette étude a été réalisée avec des critères très stricts sur le plan méthodologique, et c’est assez rare pour ce genre de technique.

Comment êtes-vous parvenus à ce résultat ?

La première étude d’efficacité prouvant que la méditation pouvait marcher sur un trouble anxieux a été publiée en 2013. Ensuite, il a fallu voir si celle-ci était aussi efficace que les antidépresseurs, l’un des traitements de référence. D’où cette dernière étude, qui a duré environ quatre ans, et que l’on a publié au mois de novembre 2022.

Comment cette étude a-t-elle été financée ?

Elle a été financée par PCORI (Patient-Centered Outcomes Research Institute, NDLR), un organisme fédéral américain indépendant. Son objectif était d’encourager les assurances de santé américaines à prendre en charge financièrement cette intervention.

On a longtemps reproché aux études sur la méditation un certain nombre de biais : absence d’essais randomisés, échantillonnages restreints, non-respect des protocoles en double-aveugle… Depuis combien de temps font-elles l’objet d’une plus grande rigueur scientifique ?

Cela doit faire cinq ou six ans que l’on publie des études bien plus rigoureuses sur la méditation. Mais il faut savoir que leur particularité, c’est qu’on ne peut pas être en double aveugle, car, contrairement à un médicament, la personne qui reçoit le traitement (méditation de pleine conscience, NDLR) ne peut pas l’ignorer.

On est, en revanche, en simple aveugle, dans le sens où la personne qui évalue est indépendante et ne connait pas le traitement du patient, c’est-à-dire, pour le cas qui nous intéresse, s’il prend un antidépresseur ou s’il suit un programme de méditation. Autre critère méthodologique : la certification des évaluateurs, dont je me suis occupé, avec un suivi régulier de leur travail.

On peut donc conduire des études sérieuses sur ce type de pratique ?

Absolument ! Tout est une question de rigueur méthodologique. Nous avions conduit une étude sur le yoga, il y a deux ans, avec les mêmes exigences.

Il semblerait que la méditation de pleine conscience ne soit pas recommandée chez les personnes souffrant de pathologies psychiques, pouvant provoquer des troubles potentiellement graves, comme la schizophrénie ou les troubles bipolaires. Votre étude en a-t-elle tenu compte ?

Oui, et c’est pour cela que nous avons exclu de notre étude tous ces types de patients pour lesquels on ne pouvait pas savoir si la méditation allait les aider ou pas. J’ajoute que ce sont aussi des pathologies pour lesquelles les antidépresseurs ne sont pas forcément la première ligne de traitement. Elles nécessitent une autre prise en charge. Dans cette étude, nous n’avons donc inclus que des patients avec un trouble anxieux avéré. 

Est-ce que des études ont déjà été réalisées sur d’éventuels effets négatifs de la méditation de pleine conscience ?

Spécifiquement, non. En revanche, dans notre étude, nous avons constaté que 79% de ceux qui prenaient un antidépresseur avaient eu, au moins, un effet secondaire. Chez ceux qui avaient reçu le MBSR, cela ne représentait que 15%. Les effets secondaires du MBSR, c’est, globalement, un inconfort, le fait de se sentir, de façon paradoxale, un peu anxieux et un peu trop conscient de ses sensations corporelles.

La méditation de pleine conscience est une pratique actuellement de plus en plus présente dans le champ de la santé. Est-elle utilisée au CHU de Caen ?

Oui, mon collègue, le Pr Pascal Delamillieure, utilise la méditation de manière habituelle, dans une version un peu différente de la MBSR, également pour des troubles anxieux. Au Centre régional psychotraumatisme Normandie (ouvert fin 2021 au CHU de Caen, NDLR), nous ne l’utilisons pas pour le trouble de stress post-traumatique, mais nous sommes en train de l’adapter pour le trouble de deuil prolongé, qui vient d’être intégré dans les classifications internationales et sur lequel j’ai beaucoup travaillé ces dix dernières années.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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