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Dr Jacques Rouillier : « Nous sommes partisans d’une sécurité absolue du jeûne »

JEÛNE

INTERVIEW. Un « congrès international du jeûne » aura lieu à Aix-en-Provence le 9 mars. L’occasion de faire le point sur cette pratique controversée en France avec le Dr Jacques Rouillier, co-fondateur de l’Académie médicale du jeûne et co-organisateur de l’événement.

Au pays de Descartes et de Rabelais, il semble difficile de concevoir qu’en privant un organisme de nourriture, celui-ci puisse en ressortir renforcé… Et pourtant, la pratique du jeûne thérapeutique est connue depuis la nuit des temps, même si elle charrie avec elle, de temps à autre, d’étranges aberrations, alimentant davantage les colonnes du rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) que celles des revues médicales.

Malgré cette méfiance, des médecins tentent, à intervalles réguliers, d’en redécouvrir ses bienfaits, supposés ou réels. Et la France, même si elle reste en retrait sur ce sujet par rapport à l’Allemagne ou la Russie, ne manque pas de défenseurs du jeûne. Et pas forcément des gourous en quête d’adorateurs…

C’est le cas du Dr Jacques Rouillier, qui n’a rien d’un illuminé. Depuis quelques années, au sein de son association, l’Académie médicale du jeûne, ce médecin généraliste compile les études scientifiques suggérant des effets bénéfiques du jeûne sur l’organisme humain. En 2012, il s’est lancé, avec une quinzaine de médecins, dans une marche de 100 km au départ du Mont Saint-Michel, afin de prouver que cette pratique, bien encadrée sur le plan médical, était compatible avec un effort physique. Pari réussi, mais peu médiatisé.

Encore peu d’études scientifiques en France

Sa méthode, c’est celle d’Otto Buchinger (1878-1966). Selon cet ancien médecin militaire, le jeûne thérapeutique se caractériserait par l’ingestion quotidienne de bouillons de légumes, de jus de fruits, de miel et de boissons (2 à 2,5 litres d’eau ou de tisane par jour), permettant un apport calorique de 250 à 500 calories par jour.

Certes, les travaux scientifiques contrôlés et randomisés évaluant les avantages de la privation de nourriture sont plutôt rares, notamment en France. Mais les chercheurs sortent de plus en plus de leurs réserves. L’an dernier, une équipe de recherche de l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires (I2MC) de Toulouse a publié, dans la revue scientifique Cells, la première étude sur les effets à long terme du jeûne intermittent sur les maladies cardiovasculaires. À suivre, donc.

Profession bien-être : Un congrès international du jeûne «pour la première fois en France», selon ses organisateurs. Les mentalités changent ?

Dr Jacques Rouillier : Oui et non. Si cette pratique attire de plus en plus de personnes en France, ce qui ne change pas, c’est la rigidité d’institutions comme la Haute autorité de santé ou le Conseil national de l’Ordre des médecins, dont les attitudes varient d’un département à l’autre selon l’ouverture d’esprit.

Est-ce que le jeûne est mieux accepté dans d’autres pays ?

Oui. En Allemagne, c’est une pratique qui est même remboursée, dans certains cas et sur le plan thérapeutique, par les assurances sociales. Le jeûne est aussi intégré à des pratiques médicales aux Etats-Unis, en Suisse ou encore en Autriche. Ne parlons pas de la Russie, pays pionnier dans l’exploration scientifique du jeûne…   

L’Assemblée nationale a approuvé le 14 février le projet de loi portant sur les dérives sectaires. Deux nouveaux délits sont créés, notamment celui de provocation à l’abandon de soins. Vous vous sentez concernés ?

Oui, et je dirais «positivement», dans le sens où nous sommes également partisans d’une sécurité absolue du jeûne. Nous ne préconisons pas l’abandon des soins conventionnels. Nous considérons simplement que le jeûne peut avoir des effets positifs, lorsqu’il est pratiqué par des personnes en bonne santé, avec, toutefois, des contre-indications.

Il y a quelques mois, j’ai d’ailleurs écrit au ministre de la Santé et au président de la Miviludes, au nom de l’Académie médicale du jeûne, en leur disant que nous avions des intérêts communs, que nous souhaitions lutter contre les dérives sectaires, voire les dérives commerciales autour de la pratique du jeûne, et que nous voulions être les garants d’une sécurité de cette pratique. Malheureusement, je n’ai reçu aucune réponse.

Les jeûnes peuvent-ils avoir des effets anti-cancer, comme certains le prétendent ?

On est très prudents en ce qui concerne le cancer. D’une part, parce qu’on a énormément de demandes de gens qui se tournent vers le jeûne en disant : «on m’a dit que le jeûne était bien»… D’autre part, parce que les données scientifiques dont nous disposons sont encore partielles.

Ce qu’on sait, c’est que les cellules cancéreuses ont un besoin de consommation de glucose qui est effréné et que le fait de diminuer la part de glucose, voire de la supprimer, aurait un effet favorable, mais qui n’est pas souverain, parce que, malheureusement, les cellules cancéreuses arrivent à s’adapter à l’absence de glucose et à trouver d’autres modes énergétiques… 

Approuvez-vous le «jeûne total», comme le «respirianisme» ?

Non. Nous ne sommes pas des végétaux ! Nous ne sommes pas capables de fabriquer de l’énergie à partir de la lumière, n’étant pas équipés en photosynthèse… Je n’y crois pas un seul instant. Sur le plan médical, c’est un peu surnaturel.

Les jeûnes doivent-ils être stricts pour être efficaces ?

Les publications tendent à prouver de façon de plus en plus nette qu’un jeûne très strict ne présente pas plus d’avantages qu’un jeûne qui serait plus confortable. Nous, nous préconisons la méthode du docteur Otto Buchinger, un médecin allemand du début du XXème siècle. Elle consiste à avoir un petit supplément de jus de légumes et de fruits le matin, et un bouillon de légumes le soir, pour assurer un minimum d’apport en vitamines et en minéraux. C’est une méthode qui s’accompagne d’une activité physique, indispensable.

Combien de temps doit durer un jeûne ?

En théorie, l’autonomie alimentaire, sans prendre de risque par sa santé, c’est de l’ordre de 3 à 5 semaines selon les individus, leur corpulence, leur masse musculaire, etc. Il faut aussi continuer à s’hydrater, Le jeûne total où on ne boit pas pendant 24 heures, c’est déjà difficile, 48 heures, c’est très éprouvant, et au-delà, c’est carrément dangereux.

Quels sont les risques ?

Il est déconseillé d’entreprendre seul un jeûne pendant plusieurs jours. Il y a aussi des contre-indications qui sont bien identifiés, comme, par exemple, des traitements en cours, la grossesse et l’allaitement, avant la fin de la croissance, en cas de troubles alimentaires, d’insuffisance cardiaque, respiratoire, rénale, hépatique, ou de troubles de la thyroïde non stabilisés.

Où en sont les preuves scientifiques aujourd’hui ?

On sait qu’un jeûne diminue la résistance à l’insuline, qui est une des grandes maladies précédant le diabète dans nos civilisations – parce qu’on a une alimentation qui donne une trop large part aux glucides -, et il abaisse tous les marqueurs de l’inflammation. Cela a été détaillé dans de très nombreuses études quand on mesure la protéine C réactive (CRP) ou l’IGF-1, des marqueurs que les biologistes connaissent bien.

En France, il y a régulièrement des publications scientifiques réalisées en collaboration avec certaines équipes du CNRS ou de l’Inserm. On a découvert, par exemple, que le jeûne pouvait avoir un effet rééquilibrant sur le microbiote, puisque, dans la mesure où il n’y a plus d’alimentation, les éléments indésirables qui ont pris trop de place sont rééquilibrés par l’absence de nourriture.

Qui compose l’Académie médicale du jeûne que vous avez co-fondée ?

Notre conseil d’administration est composé de sept médecins sur un total de neuf membres. Notre premier objectif, c’est une recherche bibliographique et des échanges avec les confrères dans d’autres pays qui pratiquent le jeûne et qui ont une expérience intéressante à partager avec nous. Nous voulons aussi transmettre ces informations par l’intermédiaire de séminaires de formation auxquels sont conviés les médecins et les soignants. Et lors du congrès international du jeûne, que nous co-organisons le 9 mars, il s’agira, pour nous, de faire le point des connaissances sur les effets du jeûne en santé humaine.

Propos recueillis par Georges Margossian.

Le Congrès international du jeûne aura lieu le samedi 9 mars à Aix-en-Provence en présentiel et en ligne. Il est ouvert aux professionnels et au grand public. Pour en savoir plus : https://www.lecongresdujeune.com

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