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Dépression : la sérotonine ne fait pas forcément le bonheur

Sérotonine

Suffirait-il d’ingérer la bonne dose de ce neurotransmetteur, également appelé «hormone du bonheur», pour voir son mal être disparaître ? Des chercheurs britanniques remettent en question cette idée aujourd’hui largement répandue.

La sérotonine ? Cette molécule produite par les neurones pour moduler leur communication dans notre cerveau a fait rêver les spécialistes. Pensez ! Elle serait notamment impliquée dans la régulation de l’humeur et de l’anxiété. De là à imaginer des médicaments miracles pour reléguer sa dépression au rayon des mauvais souvenirs, le pas a été vite franchi par l’industrie pharmaceutique.

Depuis une trentaine d’années, leur succès ne se dément pas. Prozac, Zoloft, Deroxat, Seropram… Les traitements dits inhibiteurs spécifiques de la recapture de la sérotonine sont les antidépresseurs les plus prescrits. Un peu de vague à l’âme ? Le médecin de ce début du 21e siècle, toujours prêt à dégainer des arguments scientifiques devant le profane, connaît la solution : Prozac…

Comme tout semble ainsi simple : la dépression serait juste liée à un problème de quantité de cette hormone du bien-être. Vous évoquez une éventuelle «fragilité psychologique» ? On vous répond : molécule… Et tant pis si le mécanisme d’action des antidépresseurs reste encore très mystérieux. Le psychiatre fait confiance aux chimistes, dont les éprouvettes s’amusent pourtant, de temps à autre, à leur jouer des tours.

Le bonheur en pilules

Alors, forcément, quand des chercheurs viennent mettre les pieds dans le plat, en s’attaquant à l’hypothèse qui voudrait que la dépression soit liée à un déficit de cette molécule impliquée dans la transmission des émotions dans le cerveau, ça fait grincer des dents. «Notre étude (…) remet en question l’idée de base derrière l’utilisation d’antidépresseurs», ont estimé les psychiatres Joanna Moncrieff et Mark Horowitz sur le site The Conversation, relayant un travail publié dans la revue Molecular Psychiatry.

En s’attaquant à l’hypothèse de la sérotonine, les chercheurs touchent à une idée très ancrée dans l’imagerie populaire, comme l’avait pressenti Michel Houellebecq, dans son roman intitulé «Sérotonine»… «D’innombrables médecins ont répété le message partout dans le monde, dans leurs cabinets privés et dans les médias. Les gens acceptaient ce qu’on leur disait. Et beaucoup ont commencé à prendre des antidépresseurs parce qu’ils pensaient qu’ils avaient quelque chose qui n’allait pas dans leur cerveau et qui nécessitait un antidépresseur pour le réparer», rappellent les deux chercheurs, qui ont mené, avec d’autres scientifiques, une vaste étude, dont les résultats ont été publiés dans la revue Nature.

Du jamais vu ! «Nous avons mené une revue ‘parapluie’ qui impliquait d’identifier et de rassembler systématiquement les aperçus existants des preuves de chacun des principaux domaines de recherche sur la sérotonine et la dépression», précisent-ils. Leurs conclusions ont fait l’effet d’une bombe chez les psychiatres.

Pas de preuves scientifiques

«La recherche sur le récepteur de la sérotonine le plus couramment étudié a suggéré, soit qu’il n’y avait pas de différence entre les personnes souffrant de dépression et les personnes sans dépression, soit que l’activité de la sérotonine était en fait augmentée chez les personnes souffrant de dépression – à l’opposé de la prédiction de la théorie de la sérotonine», poursuivent les chercheurs dans The Conversation.

On peut comprendre le scepticisme de leurs collègues. Alors que la théorie de la dépression sur la sérotonine a été l’une des théories biologiques les plus influentes et les plus étudiées sur les origines de la dépression, cette étude «montre que ce point de vue n’est pas étayé par des preuves scientifiques», assurent ses auteurs.

Le débat est désormais ouvert. Et certains pourraient y voir l’amorce d’une véritable discussion sur le sens de la médecine moderne, car, entre l’effet placebo et l’antidépresseur, il se pourrait qu’il n’y ait pas de différence, même si d’autres études sont encore nécessaires pour confirmer les résultats de cette étude.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la quête de la «pilule miracle», argument marketing de Big Pharma usé jusqu’à la trame, ne devrait plus duper le public. La médecine moderne, que la biologie moléculaire a détourné de l’humain, devrait s’efforcer de traiter les causes de nos maladies, plutôt que leurs symptômes.

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