Percussions, pressions, vibrations, suédois, thaï̈, sportif, relaxant… Le massage comme moyen thérapeutique a fait l’objet de plusieurs évaluations cliniques, notamment sur des personnes souffrant de lombalgies. Ses effets seraient bénéfiques mais à court terme.
La lombalgie, nouveau mal du siècle ? C’est, en tout cas, l’un des problèmes musculo-squelettiques les plus courants et les plus coûteux, rappelle sur son site la Haute autorité de santé (HAS). Plus de sept adultes sur dix en souffrent à un moment dans leur vie. Il représente, à lui seul, 30 % des arrêts de travail de plus de 6 mois.
«Aujourd’hui, la prise en charge n’est pas toujours optimale : excès d’examens complémentaires prescrits, retard dans l’adressage de certains patients, conseils inadaptés…», poursuit la HAS, qui relève que seuls 15 % des patients ont consulté un rhumatologue dans les trois mois d’arrêt maladie pour lombalgie.
Contre le mal de dos, la stratégie thérapeutique, on le sait, n’est pas forcément médicamenteuse. D’autres formes de soins ont été sollicités pour atténuer la douleur. En France, si le médecin est prescripteur, le massage dit «thérapeutique» revient au kinésithérapeute, qui dispose qui décide du nombre de séances et des techniques qu’il va utiliser.
Depuis quelques années, ses effets sur la lombalgie ont fait l’objet de plusieurs travaux. Dans la foulée, la revue Cochrane a fait paraître deux synthèses particulièrement intéressantes sur le sujet. Référence internationale, cette organisation indépendante à but non lucratif publie régulièrement des revues de la littérature scientifique, afin d’évaluer les bénéfices et les risques des traitements, médicamenteux ou non.
Efficace si combiné avec d’autres techniques
La première, qui a été publiée en 2011, a recensé plus de 36 techniques distinctes dans la littérature scientifique (percussions, frictions, pressions, vibrations, massage suédois, thaï̈, sportif, relaxant, comprehensive massage therapy, etc.). La population cible des différentes études consultées concerne essentiellement des adultes (plus de 18 ans) souffrant de lombalgies subaiguës (4 à 12 semaines) ou chroniques (plus de 12 semaines). Verdict ?
Comparés à la manipulation vertébrale ou la mobilisation passive, les résultats sont positifs. «Immédiatement après la séance, même si les deux traitements augmentent nettement le seuil douloureux, 5mn après leur administration, les patients bénéficiant de massage traditionnel thaï sont significativement moins douloureux que ceux ayant bénéficié de mobilisation passive», rapportait alors Kinésithérapie, la Revue.
Comparativement à l’acupuncture, la revue Cochrane n’a pas noté de différences sur le court terme pour la douleur. Sur le long terme, en revanche, le massage a eu des effets bénéfiques supérieurs à la fois sur la douleur et la fonction. Par ailleurs, l’antalgie et la fonction ont été statistiquement améliorées, comparativement à des étirements du tronc et des hanches, sur le court terme, mais les différences disparaissent sur le long terme.
Enfin, combiné avec d’autres traitements, le massage semble avoir trouvé la bonne formule. «Il s’avère que sa combinaison avec des étirements ou de l’éducation thérapeutique est, sur le court comme le long terme, préférable à son emploi isolé», relève «Kinésithérapie, la Revue». Un constat partagé aujourd’hui par les autorités sanitaires, comme l’indique une fiche mémo de la HAS publiée en juin 2019 : «Pour les patients présentant une lombalgie chronique (qui dure depuis plus de 3 mois) ou à risque de chronicité, la kinésithérapie est recommandée. Mais attention : elle ne doit pas se résumer à des massages.»
Des traitements actifs nécessaires à long terme
Quatre ans plus tard, la revue Cochrane s’est penchée à nouveau sur le sujet. Les conclusions sont, cette fois, plus mitigées. «Le massage améliore l’issue de la douleur des lombalgies aiguës, subaiguës et chroniques uniquement dans le suivi à court terme. L’amélioration fonctionnelle était observée chez les participants souffrant de lombalgies subaiguës et chroniques lorsque comparés avec un contrôle inactif, mais seulement pour le suivi à court terme», notent le groupe de recherche, qui a inclus dans sa mise à jour 25 essais, soit un total de 3 096 participants.
Deux types de groupes ont été déterminés : les témoins inactifs (un traitement fictif, la liste d’attente, ou l’absence de traitement) et les contrôles actifs : la manipulation, la mobilisation, la stimulation nerveuse électrique transcutanée (TENS), l’acupuncture, la traction, la relaxation, la thérapie physique, les exercices ou la formation à l’auto-prise en charge.
Conclusions ? En comparaison avec les groupes témoins qui avaient un autre traitement, le massage a un meilleur effet à court et à long terme sur les douleurs. En revanche, aucune différence n’a été́ constatée quant à l’amélioration fonctionnelle à court et à long terme. Un bémol : ces résultats doivent être interprétés avec prudence, car les études disponibles étaient de très mauvaise qualité méthodologique, souligne la revue Cochrane.
«Ces résultats confirment que les physiothérapeutes peuvent continuer d’utiliser le massage comme traitement initial préparatoire en vue de soulager la douleur à court terme de patients atteints de lombalgies subaiguës ou chroniques. En vue d’une amélioration fonctionnelle à moyen et à long terme, la physiothérapie doit cependant inclure des traitements actifs», concluent les auteurs de cette analyse, Martin Verra et Dominique Monnin.





