Entre 2015 et 2023, les forêts françaises ont séquestré en moyenne 39 mégatonnes de CO2 par an, contre 63 mégatonnes sur la période 2005-2013. Un recul majeur, alors même que le stock de carbone moyen par hectare continue, lentement, de progresser : 82 tonnes aujourd’hui, contre 73 en 2009.
«Mais si ce stock continue à augmenter, on observe depuis quelques années un ralentissement notable de cette dynamique du fait de la multiplication des crises sanitaires », notent les experts de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Ce ralentissement s’explique par une mortalité accrue des arbres. En moyenne, 16,7 millions de m3 de bois meurent chaque année, soit 2,3 fois plus que dans la décennie précédente.
«Aujourd’hui dans la forêt française, un arbre sur 20 est mort», a déclaré à la presse Antoine Colin, coordinateur de l’observatoire des forêts de l’IGN. Selon l’organisme, cette mortalité est due à «des conditions climatiques à la fois difficiles pour les arbres (sécheresses et températures élevées) et propices aux insectes xylophages, notamment les scolytes».
La forêt perd son rôle de tampon climatique
Ces insectes ravagent les épicéas, surtout dans le Grand Est, où l’IGN parle d’«épidémie». D’autres essences sont elles aussi touchées : le frêne par la chalarose (champignon invasif), ou le châtaignier, affecté par le chancre, la maladie de l’encre et la sécheresse. Les incendies, comme celui de l’Aude en août dernier – le plus vaste depuis 1949 – et la prolifération de mammifères herbivores qui s’attaquent aux jeunes plants, accentuent encore les pressions.
Le phénomène est tel que certaines zones – notamment dans le quart nord-est (Thiérache, Ardennes, Lorraine, Jura, Ain, Morvan…) – émettent désormais plus de carbone qu’elles n’en absorbent. Ce constat intervient alors que le reboisement se poursuit à un rythme soutenu, avec 90 000 hectares gagnés par an, notamment en Bretagne et dans la zone méditerranéenne.
La forêt métropolitaine couvre aujourd’hui 17,6 millions d’hectares, soit 32 % du territoire national, et abrite environ 11,4 milliards d’arbres. Mais cette extension ne suffit plus. En l’état, les crises sanitaires liées au changement climatique affaiblissent le rôle tampon de la forêt. Et modifient, en profondeur, sa contribution à la lutte contre le réchauffement.
Avec l’AFP.
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