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Laurence Rey : « La rentabilité des spas est plus que problématique »

La rentabilité des spas

Créatrice du spa Terra Nostra, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), qu’elle gère depuis dix-huit ans, Laurence Rey émet des doutes sur la rentabilité annoncée des spas dans les médias spécialisés. En cause, non pas l’appétence du public pour le spa, mais le manque de personnel qualifié, voire motivé…

Laurence Rey, fondatrice du spa terra nostra à Pau Profession bien-être : Vous gérez un spa qui bat des records de longévité. Avez-vous une recette ?

Laurence Rey : Oui, c’est un exploit que de durer dix-huit ans ! Il ne doit pas y avoir beaucoup de spas de plus de 350 m2 qui peuvent se vanter de la même constance. Depuis l’ouverture du spa Terra Nostra, j’ai vu de nombreux spas disparaitre au fil des années. Mais ce n’est pas très étonnant, car la rentabilité est rarement au rendez-vous. La réalité n’a rien à voir avec les discours des médias qui parlent d’explosion du marché des spas ! Et ce, qu’il s’agisse de spas d’hôtel, de spas urbains ou même de spas de croisière. Ce n’est définitivement pas une activité dans laquelle on s’engage par goût de l’argent.

Pourquoi, à votre avis ? Le manque de clients ?

Je ne peux juger pour les autres établissements, mais, pour moi, ce n’est pas une question de clientèle. Nos clients sont là, ils sont au rendez-vous. Ils sont même plus nombreux qu’avant. Mon fichier clients compte aujourd’hui plus de 40 000 noms. Non, ce qui pêche, c’est le personnel. Je dois refuser tous les jours des clients parce que je n’ai pas assez de praticiens pour s’en occuper, ce qui est plutôt frustrant.

Est-ce une question de salaire ?

Ni l’esthétique, ni le spa ne permettent de verser de hauts salaires. Mais c’est surtout une question de motivation. Le Smic a été augmenté quatre fois : il est maintenant à 1 678,95 euros brut. C’était il y a cinq ans le salaire de départ d’un spa manager ! Aujourd’hui, trois cent euros séparent le salaire d’un spa manager de celui d’une praticienne. Qui veut prendre des responsabilités pour 300 euros par mois ? Personne.

Vous dirigez une école, vous pouvez engager les meilleurs éléments ?

Croyez-moi, je le fais ! Mais une fois formés, une fois en place dans le spa, ils écoutent les sirènes des autres spas qui viennent les débaucher. Nous sommes dans une région où l’on trouve de nombreux spas, sans parler des centres thermaux et des thalassos. Tous sont en demande de praticiens. Pour recruter, j’ai donc contacté mes anciens élèves. Ils sont tous en poste !

J’ai récemment fait un mail de recrutement. Sur 4 000 envois, j’ai eu une seule réponse. Et encore, il s’agissait d’un praticien qui demandait 3 500 euros mensuels… Comme je lui expliquais que c’était impossible à budgéter, il m’a répondu que c’était la loi de l’offre et de la demande. Une esthéticienne expérimentée qui pose sa démission retrouve du travail dans la journée dans la région.

Ce qui est inquiétant, c’est le manque de candidats. Dans le passé, chaque fois que j’ai posé une offre d’emploi, je recevais 700 CV. Aujourd’hui si j’en reçois sept, c’est le bout du monde.

On peut comprendre que le salaire ne soit pas attractif…

Mais comment faire, en tant qu’employeur, quand vous devez faire rimer qualité et rentabilité ? A l’heure actuelle, comme je ne trouve pas de personnel salarié, je complète mon équipe avec des praticiens free-lance qui viennent à la journée. Cela me coûte plus cher, et je dois prendre sur ma marge. Pas question, en effet, d’augmenter le prix du soin. A 95 euros de l’heure de massage, c’est sur la marge qu’il faut rogner, si on ne veut pas sacrifier la qualité. Parfois, concilier la qualité avec les ratios financiers relève du casse-tête chinois.

Vous avez pourtant conçu une formation complète de 600 heures sur un an pour devenir un expert international du spa, un diplôme qui permet de pratiquer dans les grands spas, les hôtels de luxe en France ou à l’étranger. Cela devrait attirer des candidats, non ?

Oui, mais cela ne résout pas le problème. Bien sûr, notre formation est complète, elle permet de préparer les praticiens à leur futur emploi et nous leur enseignons les 12 massages du monde les plus demandés, ce qui est un atout précieux pour un spa. Mais d’abord, les élèves ne veulent se former que si leur formation est prise en charge par l’Etat, ce qui est de moins en moins le cas. C’est un phénomène qui n’existe qu’en France. A l’étranger, c’est différent, les praticiens financent eux-mes leur formation. Ici, nous n’avons pas assez de candidats !

Et cela ne résout pas mon problème de personnel sur le spa : sur les candidats qui ont réussi leur diplôme en 2020, tous ont déjà trouvé un emploi. Nos taux de réussite (80%) et nos taux d’insertion (100%) sont parlants. En fait, je travaille pour ma concurrence…

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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