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Comment l’acupuncture est devenue une pratique courante en Europe

La reconnaissance de l'acupuncture en Occident

L’acupuncture a d’abord été accueillie avec scepticisme par les médecins occidentaux. Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle qu’elle s’est durablement installée en France.

Dès le XVIIe siècle, les Européens ont commencé à s’intéresser à l’acupuncture, inspirés par les méthodes de guérison asiatiques qu’ils ont découvertes grâce aux agents de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales au Japon. Les publications sur le sujet étaient rares, mais certaines ont marqué les esprits.

Par exemple, Hermann Busschof, qui travaillait également pour la Compagnie, a été le premier à utiliser le terme «moxa», traduit du japonais « mogusa » (herbe à brûler). Son traité, publié en 1674, a permis la diffusion de la moxibustion en Europe, notamment parmi les médecins et savants hollandais, allemands, anglais et danois.

Mais très vite, l’approche orientale a été laissée de côté au profit de la seule pratique, sans référence culturelle. Les médecins s’intéressaient surtout au procédé de traitement par le feu, allant jusqu’à inventer de nouvelles formes de cautères, comme la mèche de canon et le porte-moxa, explique le chercheur Ronald Guilloux. C’est pourquoi, sur le plan terminologique, le «moxa» a été assimilé au «cautère» et la «moxibustion», à la «cautérisation».

C’est à la même époque que l’on forge le néologisme «acupuncture», qui a été attribuée à Jacob de Bondt, un médecin général danois qui avait séjourné à Batavia, aujourd’hui Jakarta, capitale de l’Indonésie. Le mot vient donc du latin «acu», qui signifie «aiguille», et «punctura», qui veut dire… «piqûre».

Les expérimentations du Dr Berlioz

Mais soyons honnêtes, ce n’est que grâce au Dr Louis Berlioz, médecin de campagne de l’Isère et père du célèbre compositeur français (Hector Berlioz), que l’acupuncture a commencé à être reconnue en France au début du XIXe siècle. Pendant deux décennies, la technique connaît une popularité sans précédent. Même Balzac n’y résistera pas : il parlera, dans sa «Physiologie du mariage», de «moxas», d’«acupunctures» et d’ «aiguilles»…

Et pour cause : le Dr Berlioz soigne avec succès une patiente atteinte de fièvre nerveuse» en utilisant une aiguille à coudre, avant de poursuivre sur sa lancée en traitant de la même façon les douleurs musculaires. En 1810, ce médecin publie trois mémoires détaillant ses expériences. Dix ans plus tard, l’acupuncture commence à être introduite dans certains hôpitaux parisiens.

Non sans grincements de dents… Le milieu académique veille, n’hésitant pas à dénoncer la pratique, la qualifiant d’exploitation de la «crédulité publique», et le phénomène finit par s’essouffler. Car, bien que des passionnés aient toujours existé, l’acupuncture n’a été réellement acceptée en France qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

George Soulié de Morant, ancien consul de France en Chine, a été l’un des principaux acteurs de cette reconnaissance, ayant introduit la pratique et la théorie de l’acupuncture chinoise dans les années 1930-1950 dans le but d’exposer scientifiquement la tradition antique. La France a ainsi joué un rôle clé dans la réception de l’acupuncture en Europe.

Vivant à une époque charnière de l’histoire de la Chine, entre la fin de l’Empire et l’avènement de la République, Soulié de Morant veut réhabiliter l’acupuncture chinoise en dénonçant les préjugés européens qui la considéraient comme irrationnelle et superstitieuse. En diffusant ses connaissances sur l’acupuncture auprès des médecins, il initie des séances de démonstration et des consultations dans des hôpitaux parisiens.

L'acupuncture agit sur les méridiens

L’acupuncture s’institutionnalise

Grâce à ces efforts, l’acupuncture est devenue une pratique courante en France, apportant une alternative à la médecine conventionnelle pour les patients souffrant de douleurs et de maladies chroniques. Vers le milieu du XXe siècle, elle commence enfin à se faire une place dans le monde médical français.

En 1943, la Société Française d’Acupuncture (SFA) est créée avec pour objectif de promouvoir le développement scientifique de l’acupuncture en France, sous la direction du docteur Roger de la Füye, médecin homéopathe. Deux ans plus tard, en 1945, la Société d’Acupuncture (SA) voit le jour, sous l’impulsion des médecins formés par George Soulié de Morant.

L’expression «acupuncture chinoise» apparaît entre les années 1930 et 1960, mais c’est à partir des années 1960 que les expressions «médecine chinoise» et «médecine traditionnelle chinoise» (MTC) finissent par être couramment utilisées. Ces efforts ont contribué à la reconnaissance de l’acupuncture dans les milieux médicaux occidentaux.

La France est ainsi l’un des premiers pays à inscrire l’acupuncture dans la nomenclature des actes médicaux et à assurer son remboursement par la sécurité sociale. En 1985, Georgina Dufoix, alors ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, met en place une «Fondation pour l’évaluation des thérapeutiques alternatives». Un document, intitulé «Évaluer les médecines différentes. Un défi ?», est remis au ministère des Affaires sociales et de la Solidarité nationale.

Il débouche sur la création d’un diplôme interuniversitaire d’acupuncture (DIU), réservé aux docteurs en médecine. Aujourd’hui, son enseignement se fait dans les facultés de médecine, sanctionné par un DIU et une capacité de médecine depuis 2007, au terme d’un long processus d’intégration.

L’acupuncture en quête de preuves

Au fil du temps, l’acupuncture a gagné en reconnaissance à travers le monde. En 2003, l’OMS publie un rapport intitulé «L’Acupuncture : évaluation de l’efficacité de la médecine traditionnelle», dans lequel elle la reconnaît comme une méthode de traitement efficace pour un certain nombre d’affections, notamment les douleurs chroniques, les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie, la migraine et l’arthrose du genou.

En 2010, l’Unesco inscrit la médecine traditionnelle chinoise (MTC), qui inclut l’acupuncture, sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cependant, la pratique reste encore controversée dans certains milieux médicaux et scientifiques, et son efficacité fait toujours l’objet de débats.

Aujourd’hui, la question de l’évaluation et de la validation des recherches expérimentales en acupuncture est donc plus que jamais d’actualité. Mais la recherche avance. Car si les résultats des études cliniques peuvent varier, les preuves scientifiques soutenant l’efficacité de l’acupuncture, elles, continuent de s’accumuler.

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