Fin juillet, l’Unesco a reconnu la valeur universelle de onze villes thermales européennes, dont Vichy. Pour le conservateur général du patrimoine Bernard Toulier, interrogé par Le Figaro, le déclin des stations thermales françaises a été enrayé.
Le thermalisme français revient de loin. En 2001, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), commandé par Martine Aubry, alors ministre de l’Emploi, déplorait un «secteur en déshérence, hétérogène et mal connu, régi par un cadre juridique baroque, et dont l’intérêt thérapeutique est contesté».
Depuis, les efforts de modernisation des stations et les travaux scientifiques de l’Afreth (Association française pour la recherche thermale) ont porté leurs fruits. Jusqu’à ce que la crise sanitaire mette un coup d’arrêt à la progression quasi constante de la fréquentation annuelle des établissements depuis une dizaine d’années.
«Ce déclin a été enrayé, et le renouveau des stations thermales existe bien», se félicite Bernard Toulier auprès du Figaro. Conservateur général du patrimoine, ancien pensionnaire de l’Académie de Rome, il a participé de près aux travaux de l’Unesco sur les villes thermales, précise le quotidien. Fin juillet, onze grandes stations thermales européennes, dont Vichy, ont intégré la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Un moment très attendu par les professionnels français.
«L’Unesco souhaitait aussi que la ville dispose d’un patrimoine entretenu et d’une gestion lisible des installations. Peu à peu le tour de table s’est réduit et le choix final s’est imposé», raconte Bernard Toulier. Le projet de Déclaration de valeur universelle, adopté le 24 juillet, souligne que ces «grandes villes d’eaux d’Europe constituent un témoignage exceptionnel sur le phénomène thermal européen, qui trouve ses racines dans l’Antiquité, mais qui a connu son apogée entre 1700 environ et les années 1930».
« Une offre plus adaptée aux nouvelles clientèles »
Et c’est justement durant l’entre-deux guerres, après la crise de 1929, que les stations françaises ont perdu peu à peu de leur attrait. «Tout d’un coup, se ressourcer, c’était aller au soleil et plus seulement aux thermes», poursuit le conservateur. Selon lui, les villes qui ont su tirer leur épingle du jeu, aujourd’hui, sont «celles qui ont introduit la notion de bien-être en développant une offre plus adaptée aux nouvelles clientèles, comme le thermoludisme, mais sans pour autant renier ce qui fait la force du thermalisme, la qualité des eaux et des soins».
«L’un ne va pas sans l’autre. Dans ce match d’avenir, tout le monde ne gagne pas», estime-t-il. Reste que les villes d’Europe de l’Est sont bien plus nombreuses dans la liste validée par l’Unesco. «Dans l’Europe de l’Ouest, beaucoup de stations thermales ont disparu ou périclité parce qu’il y avait cette nécessité d’être rentable», avance Bernard Toulier, alors qu’à l’Est, sous l’ère communiste, «on y a conservé un thermalisme traditionnel et cultivé des savoir-faire qui ont disparu» ailleurs.



