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Anthony Streicher : « L’entrepreneuriat, c’est génial, mais c’est dangereux »

ENTREPRENEURIAT

La prise de risque et la réussite sont souvent associées à l’entreprise, mais rarement l’envers du décor : la perte d’emploi. Anthony Streicher, président de l'association patronale GSC, plaide pour une meilleure protection des entrepreneurs.

Profession bien-être : Selon une étude réalisée conjointement par votre association et le groupe Altares, l’année 2023 a été marquée par une forte croissance des pertes d’emploi chez les chefs d’entreprise. Faut-il s’en inquiéter ?

Anthony Streicher : On n’est pas face à un tsunami de défaillances et de pertes d’emploi de chefs d’entreprise. On est à un juste retour de ce qui allait arriver et on le savait depuis 2022, après la fin du «quoi qu’il en coûte». On va certainement atteindre en 2024 le pic du plus haut nombre de pertes d’activité des chefs d’entreprise. En réalité, ce qui est alarmant, c’est que, malgré les avertissements, on ne prend pas à coeur les actions d’anticipation et de gestion du risque.

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Les TPE sont-elles particulièrement touchées ?

Neuf fois sur dix, les pertes d’emploi de chefs d’entreprise concernent les TPE. À 74%, ce sont des hommes ou des femmes qui dirigent des entreprises de moins de trois salariés. Si on y ajoute les moins de cinq salariés, on atteint un score de plus de 90%.

Les entrepreneurs de proximité, comme les esthéticiennes ou les coiffeurs, sont plus vulnérables que les autres ?

La grande leçon, c’est que tout le monde est impacté. Toutes les régions et tous les secteurs d’activité, et donc les coiffeurs comme les professionnels des soins corporels, sont concernés. Les premiers touchés, ce sont les chefs d’entreprise qui sont à la tête de structures de moins de dix salariés, moins de 500 000 euros de chiffre d’affaires et qui ont entre 7 et 9 ans d’ancienneté. C’est tout notre tissu économique français.

Les responsables de petites entreprises ont-ils conscience des risques liés à la perte de leur emploi ?

La réponse est non. Neuf fois sur dix, les chefs d’entreprise n’ont jamais eu l’information. Pire : on leur a dit qu’il n’était pas possible, pour eux, de se protéger et que les quelques contrats qui pouvaient exister étaient très chers. Il faut comprendre que l’information, c’est vraiment le noeud du problème. Il faut que les entrepreneurs sachent qu’ils peuvent se protéger en conséquence.

Difficile dans un pays où, quand on évoque l’entrepreneuriat, on parle de réussite, jamais d’échec…

Oui, on cultive une forme idéaliste de l’entrepreneuriat, un monde un peu bisounours, où tout le monde peut réussir, où l’on se félicite chaque année du nombre record de créations d’entreprise… C’est faux. L’entrepreneuriat, c’est génial, mais c’est dangereux. Les entrepreneurs doivent savoir que l’on peut tomber et que ce n’est pas grave de tomber. Cela peut même être enrichissant.

Car, dans leur immense majorité, ces hommes et ces femmes qui créent de l’emploi, quand ils tombent, ont envie de recommencer. Sauf qu’il faut avoir les moyens de rebondir… Car si la personne a contracté un emprunt ou s’est portée caution personnelle pour l’entreprise, si elle n’a plus aucun revenu, la banque va saisir ses biens. J’insiste sur ce point, parce qu’il est souvent négligé.

Les entrepreneurs ne sont pas prévoyants ?

En 2019, 9 entrepreneurs sur 10 sortaient du tribunal de commerce avec une décision de liquidation sans plan B. La plupart des chefs d’entreprise ne savent pas qu’ils peuvent se protéger. Après, qu’une personne décide de ne pas se protéger, c’est son choix, si on lui a donné l’information.

Il existe un dispositif récent, comme l’Allocation des travailleurs indépendants (ATI). Est-elle suffisante, selon vous ?

L’ATI est une couverture de 800 euros pendant six mois. En 2019, la première année de sa mise en place, vous aviez 33 000 hommes et femmes chefs d’entreprise qui étaient tombés, et donc ayant droit à l’ATI… Or, il n’y a eu que 800 dossiers activés. 

D’autres moyens existent ?

Oui. Il y a plusieurs possibilités dites privées, notamment du côté des assureurs. Par exemple, GSC, qui est une association patronale, a créé un produit avec un pôle d’assureurs.

Leurs coûts ne sont-ils pas trop élevés ?

C’est un mythe ! Prenez le revenu moyen d’un chef d’entreprise en France, données Insee, c’est 38 000 euros bruts annuels. On est loin des stéréotypes. Les gens qui se protègent demandent une couverture sur un an, qui représente à peu près la moitié de leur ancien revenu, le temps de rebondir. Un chef d’entreprise qui décide de se protéger de cette façon, ça lui coûtera environ 1 000 euros par an.

Et pourquoi pas une assurance-chômage sur le modèle des salariés ?

On ne veut pas qu’il y ait une assurance-chômage imposée, qui sera perçue comme une charge supplémentaire. Ce que l’on veut, c’est qu’on garantisse que tout chef d’entreprise ait l’information qu’il est possible de se protéger. La clé, c’est l’accès à l’information, car, dans leur immense majorité, les entrepreneurs sont seuls.

Qui devrait les informer selon vous ?

C’est une activité collégiale. L’ensemble de l’écosystème autour des chefs d’entreprise existe, mais c’est un sujet de territoire. Pourquoi une préfecture, qui est la représentante de l’Etat dans un département, ne coordonnerait-elle pas l’information, avec les CCI, les CMA, les organisations patronales, les experts-comptables, les banques et les centres d’affaires ?

Qu’est-ce que ça peut changer dans la façon de conduire ses affaires ?

Beaucoup de choses ! Protégés, les chefs d’entreprise sont plus posés pour prendre des bonnes décisions. D’ailleurs, ceux qui se protègent ont un taux de survie et de réussite plus élevé que ceux qui ne se protègent pas. Ils ont la tête froide, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas dans le stress quotidien et la crainte du lendemain. L’assurance entraîne un comportement plus serein.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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