En France, les indépendants ont 40% de chances en moins que les salariés de connaître une ascension sociale. C’est l’un des constats d’une vaste étude de l’Insee, menée en 2023-2024 auprès des 35–59 ans en emploi (ou ayant travaillé), dont au moins un parent avait lui-même exercé une activité professionnelle.
Sans surprise, la comparaison tourne à l’avantage du salariat. Ainsi, 53% des salariés sont en mobilité ascendante par rapport à leur mère, contre seulement 42% des indépendants. Côté hommes, l’écart est tout aussi marqué : 41% des salariés progressent dans l’échelle sociale, contre 29% seulement des indépendants.
À l’inverse, 32% des indépendants subissent une mobilité descendante, contre 22% des salariés. Autrement dit, le salariat, malgré ses contraintes, demeure un cadre plus protecteur pour sécuriser une trajectoire sociale ascendante.
Les micro-entrepreneurs, premiers touchés
Derrière la moyenne des indépendants, une catégorie ressort comme particulièrement vulnérable : les micro-entrepreneurs. Ils représentent 26% des indépendants, contre 42% en société et 26% en entreprise individuelle hors micro. Mais leurs trajectoires sociales sont bien plus fragiles : 44% d’entre eux connaissent une mobilité descendante, soit près du double des indépendants exerçant au sein d’une société (26%).
Le profil diffère aussi selon le genre : les micro-entrepreneurs sont légèrement plus féminisés (51% de femmes), tandis que les sociétés restent très masculines (72% d’hommes). Les chiffres confirment une fracture entre hommes et femmes. Quand les parents étaient salariés, les hommes ont 1,3 à 1,4 fois plus de chances que les femmes de devenir indépendants.
Mais ce choix se paie souvent cher : ils sont plus nombreux que les femmes à subir une mobilité descendante, surtout quand ils exercent comme petits indépendants sans salarié ni aide familial (62%). Leur quotidien ? Artisans du bâtiment, commerçants, réparateurs, métiers de bouche ou prestataires de services.
Le niveau de formation reste toutefois un facteur décisif. Avec un diplôme du supérieur long (bac+3 ou plus), les chances de mobilité ascendante sont multipliées par six par rapport à un simple bac. Fait intéressant : moins on est diplômé, plus on s’oriente vers le salariat, même quand les parents étaient indépendants.
Une indépendance qui se transmet en famille
Bref, le bac reste encore une frontière symbolique : en dessous, l’indépendance recule nettement. Mais cette mécanique sociale ne gomme pas l’effet de transmission familiale. L’indépendance «s’hérite» encore fortement : les fils de pères indépendants ont 2,3 fois plus de chances de devenir indépendants que les fils de salariés, et les filles de mères indépendantes 1,7 fois plus. Quand les deux parents sont indépendants, la probabilité de basculer vers le salariat chute encore.
Enfin, les trajectoires diffèrent aussi selon l’origine. Les descendants d’immigrés ont un peu plus de chances de connaître une mobilité ascendante que les non-immigrés. En revanche, les immigrés eux-mêmes voient leurs perspectives se réduire : ils ont près de deux fois moins de chances de progresser socialement.
LIRE AUSSI : La retraite progressive ouverte à tous dès 60 ans entre en vigueur



