Je l’avoue, je suis fascinée par l’intelligence artificielle. Et je ne suis sans doute pas la seule. J’ai donc décidé de la faire parler de ce que je connais le mieux : la peau. Et je suis tombée de haut… Mais cela s’explique ! L’IA raisonne par association d’idées, pas par observation du vivant. Elle formule donc des réponses logiques en apparence, mais fausses sur le plan physiologique.
Cette semaine, j’ai donc décidé de la tester sur le renouvellement cellulaire selon le type de peau. Je lui demande en toute simplicité : «Quel est le type de peau qui se renouvelle le plus lentement ?» L’IA est formelle : c’est la peau sèche ou lipidique, car «elle se renouvelle en 30 à 35 jours (voire plus) à cause d’un déficit lipidique et d’une adhérence cornée plus élevée».
Sur la papier, tout semble logique : une peau sèche signifie moins de lipides, donc un film hydrolipidique fragilisé, des cellules cornées qui adhèrent davantage, et, par conséquent, un renouvellement plus lent…
Sauf que c’est faux.
Une barrière occlusive
Pourquoi ? Tout simplement, parce que la physiologie cutanée ne fonctionne pas de cette façon. Le cycle de renouvellement cellulaire (28 jours en moyenne chez l’adulte) dépend de l’activité kératinocytaire, de l’épaisseur de la couche cornée et du processus de desquamation. Et pas seulement de la présence ou non de sébum.
En réalité, c’est une peau grasse qui se renouvelle plus lentement. Pour une raison simple : le sébum en excès agit comme une barrière occlusive et emprisonne les cornéocytes, en ralentissant leur élimination naturelle. De plus, la peau grasse est plus épaisse. Le turn-over kératinocytaire est donc plus long. Le phénomène de rétention sébocornée entraîne une accumulation de cellules mortes et de sébum, et favorise la formation de comédons.
Malgré son apparence «jeune» et épaisse, la peau grasse se renouvelle donc plus lentement. La peau sèche, de son côté, se renouvelle souvent trop vite, car la barrière lipidique déficiente provoque une desquamation excessive et désordonnée.
Cherchez l’erreur…
L’IA a tout simplement confondu deux choses : une peau qui manque de sébum n’est pas une peau «lente», mais une peau moins protégée. Le déficit lipidique fragilise la barrière cutanée, pas le rythme de renouvellement des cellules. L’anecdote démontre que l’IA ne comprend pas la physiologie, elle raisonne par association logique à partir de textes existant sur Internet.
C’est là que le savoir professionnel de l’esthéticienne fait toute la différence.
LIRE AUSSI : Esthétique : quand trop de communication étouffe l’expertise
BIO EXPRESS
Formatrice en expertise cutanée, Nathalie Zemirou est créatrice de la méthodologie de Physio-Esthétique et fondatrice du centre Beauté Vente Formation




