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Masseurs : conseils ergonomiques pour prendre soin de votre corps

LE MASSAGE PEUT ÊTRE DOULOUREUX POUR LE MASSEUR

À force de procurer détente, relaxation et bien-être, de nombreux praticiens oublient de prendre soin d’eux-mêmes. Quelques connaissances en ergonomie leur permettront de limiter les douleurs musculaires.

Se faire mal en faisant du bien aux autres ? Souvent, la faute en revient à des erreurs de technique, de posture ou de gestuelle. D’où notre volonté de repérer les gestes à risque et les erreurs les plus fréquentes. Pour en parler, je me suis appuyée sur ma propre expérience pratique dans le milieu du spa.

Face aux problèmes du quotidien, il m’a fallu adapter les techniques de massage pour qu’elles soient ergonomiques, confortables à donner, tout en restant efficaces et agréables à recevoir. Ayant parfois réalisé jusqu’à neuf massages suédois ou sportifs de 60 minutes par jour auprès d’une clientèle exigeante au Canada, je connais la dure réalité du métier !

J’ai pris en compte aussi les réactions des élèves qui suivent mes formations, car je suis amenée à toujours corriger les mêmes erreurs. Pourtant, il est possible d’économiser son énergie et de réduire les risques de troubles musculo-squelettiques, à condition d’adopter quelques règles de base. N’attendez donc pas d’avoir mal pour les suivre !

Préservez vos articulations

Nos mains sont notre principal outil de travail. Et nous exigeons beaucoup de nos articulations, par des mouvements répétitifs ou des manœuvres appuyées. Tendons trop sollicités, ligaments trop étirés, ces erreurs quotidiennes peuvent provoquer les fameuses tendinites ou bursites que nous redoutons tant.

Une tendinite, c’est une inflammation au niveau d’un tendon. Que ce soit dans la pratique d’un sport ou d’une profession physique comme le massage, il existe trois facteurs favorisant leur apparition :  efforts répétitifs, mauvaise technique et manque d’hydratation. Une fois la tendinite installée, il est très difficile de s’en débarrasser, car, en plus des soins médicaux, il faut surtout se reposer. Or, un arrêt de travail n’est pas toujours envisageable !

Il vaut donc mieux l’éviter. Pour cela, il faut bien s’hydrater au cours de la journée, adopter une technique de travail irréprochable et, enfin, éviter de toujours solliciter le même groupe musculaire. Bien s’échauffer avant le premier massage de la journée et s’étirer régulièrement. Veiller aussi à ce que son alimentation soit équilibrée. De plus, on peut ajouter qu’il faut augmenter graduellement sa résistance à l’effort, à la manière d’un sportif, afin justement d’éviter les blessures.

Il n’est pas évident de supprimer les efforts répétitifs. Mais nous pouvons adopter une «gestion pertinente de nos efforts». Tout cela peut se faire naturellement, sans avoir à y penser vraiment à condition de savoir être à l’écoute de son corps : dès que vous ressentez un inconfort ou bien une sensation de brûlure localisée, ne persistez pas trop, changez de manœuvre !

Faire des pauses tout en massant, revient donc à changer régulièrement de manœuvre en alternant avec d’autres, qui ne sollicitent pas les mêmes groupes musculaires. Par exemple, si vous faites des foulages avec les pouces et que vous sentez que ça chauffe, faites une pause en intercalant des pressions glissées avec les paumes de mains. Vous mettrez ainsi vos pouces au repos.

Dès que vous sentez que vos pouces ont récupéré, continuez vos foulages. Pensez également aux manœuvres avec les avant-bras, notamment sur les jambes. Sans viser pour autant la profondeur, elles procurent de bonnes sensations au receveur et accorderont à vos mains quelques moments de répit durant le soin !

Augmentez votre résistance

Cette façon de travailler vous permettra d’éviter l’apparition de certaines douleurs musculaires ou articulaires. Vous y gagnerez aussi en augmentant progressivement votre résistance à l’effort, à la manière d’un sportif qui s’entraîne pour améliorer son potentiel. Ce n’est malheureusement pas toujours possible d’appliquer ce principe si vous êtes embauché dans un spa et devez faire du jour au lendemain sept heures de massages par jour ! Pourtant, la progressivité dans l’effort nous assure un gain de force et de résistance notable, sans aucun risque de blessure.

Prenons l’exemple d’un sédentaire qui s’inscrit dans un club pour faire de la randonnée en moyenne montagne. Les premières sorties seront difficiles, il aura du mal à suivre le groupe dans son ascension parce que ses cuisses se mettront rapidement à brûler (ne parlons pas du souffle). En effet, ses muscles n’auront pas assez de force ni de réserves énergétiques pour endurer l’effort demandé. L’acide lactique s’y accumulera, le forçant à s’arrêter.

Quelques instants de pause suffiront à estomper les brûlures et à repartir. Avec de la patience et des pauses, il pourra terminer son ascension. S’il fait régulièrement ce type d’effort, ses muscles s’adapteront, il n’aura plus besoin de faire de pauses, il aura augmenté́ son endurance et sa résistance à l’effort. Au niveau musculaire, on appelle ce principe physiologique la surcompensation. Sur ce principe, si vous massez régulièrement, en restant à l’écoute de votre corps, en gérant de manière pertinente vos efforts, vous gagnerez en force et en résistance.

Respectez l’ergonomie

Il reste encore à s’assurer que votre technique soit ergonomique ! Je vois trop souvent les praticiens faire des erreurs de technique. Nous savons que nous avons un capital articulaire que nous devons préserver au maximum, afin de pouvoir exercer notre métier aussi longtemps que nous le souhaitons. Nous savons aussi que nous ne sommes pas égaux face à ce capital, certains sont très résistants, d’autres plus fragiles. Quoi qu’il en soit, les bons gestes s’imposent dans une période où la demande tend de plus en plus vers des manœuvres appuyées.

Il est grand temps maintenant de faire le point sur votre manière de masser. Première règle de base : utilisez vos articulations le plus possible en position neutre en évitant les positions extrêmes, car les tendons et les ligaments sont alors mis en tension.

Ménagez vos pouces

On utilise facilement les pouces en massage, notamment sur des petites surfaces ou des trajets précis à l’occasion de manœuvres, telles que les foulages, pressions circulaires, etc. Ce travail est d’ailleurs très intéressant : il permet un ressenti affiné et donne de bonnes sensations au receveur. On a donc tendance à utiliser beaucoup les pouces. Ce qui n’est pas sans danger. Prudence, donc, avec l’usage de vos pouces. Voici quelques conseils :

✓ Evitez d’amener vos pouces en hyper abduction.

✓ Gardez les pouces tendus lorsque vous appliquez de la pression.

✓ Evitez de bouger les pouces en mouvements circulaires. La manœuvre doit être conduite par le mouvement circulaire du haut du corps et non du pouce.

✓ Utilisez les pouces avec parcimonie au cours d’un même soin.

Préservez vos doigts

Il faut, tout comme le pouce, éviter de sur-utiliser nos doigts en massage. Autrement dit :

✓ Evitez de crisper les doigts en voulant mettre de la pression.

✓ Utilisez le plus souvent une pression repartie sur toute la main.

Protégez vos poignets

✓ Evitez l’hyper-extension des poignets lorsque vous voulez appliquer de la pression.

✓ Evitez la déviation latérale des poignets, surtout lorsque vous appliquez de la pression (on la retrouve très souvent dans les effleurages).

✓ Evitez la répétition des mouvements rotatifs au niveau des poignets (en essuie-glace).

Attention à vos coudes…

Vous massez souvent trop à la force de vos bras, les coudes fléchis ? Il en découle des efforts répétitifs localisés au niveau des triceps. Pensez à tendre davantage vos bras et à masser avec un déplacement du poids de votre corps.

…et à vos épaules !

En massant à la force de nos bras, on crée des efforts répétitifs au niveau des épaules. Le deltoïde antérieur ou moyen sera particulièrement sollicité. Certains pincements peuvent se faire ressentir. Modifiez alors votre façon de travailler et utilisez davantage votre déplacement de poids du corps, plutôt que la force de vos épaules.

En conclusion, mieux vaut prévenir que guérir, surtout dans notre métier ! Observez votre façon de masser, afin d’identifier vos risques de développer des troubles musculo-squelettiques. Selon le cas, efforcez-vous de corriger ces erreurs. Cette démarche personnelle demandera sans doute des efforts, car changer des habitudes ne se fait pas toujours aisément. Mais le jeu en vaut la chandelle !

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