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«L’avenir de l’esthétique se rapproche de plus en plus du médical»

Un cabinet de médecine esthétique aux allures d'un spa de luxe

Ambiance spa, prise en charge « holistique »… Les cabinets de médecine esthétique ont bien changé. Créatrice de l’espace Skincare agency, Vanessa Marrapodi explique à Profession bien-être les raisons de cette évolution.

Vanessa MarrapodiProfession bien-être : Vous avez créé un espace de médecine esthétique. Vous n’êtes pourtant pas médecin…

Vanessa Marrapodi : C’est vrai. Mon parcours n’a pas grand-chose à voir avec la médecine. C’est en tant que cliente et utilisatrice que je suis venue à la médecine esthétique. Je travaillais dans la mode et je voyageais dans le monde entier. Dans beaucoup de pays, la frontière entre esthétique et médecine est très ténue. J’étais très impressionnée par la qualité d’accueil qui caractérisait tous ces centres étrangers. Et pourtant, je n’avais confiance que dans le savoir-faire français.

Il faut dire que nous avons chez nous, d’excellents spécialistes. Mais tout est très formel et très médicalisé. Nous sommes dans un cadre très strictement médecin/patient. Or, dans un domaine aussi sensible que la médecine esthétique, il manquait une prise en charge plus personnalisée, plus bienveillante. En Asie ou outre-Atlantique, cette relation s’apparente plus à un service client, comprenant une grande part d’écoute et d’empathie. C’est ce que j’ai voulu reproduire.

Une prestation plutôt difficile à reproduire, non ?

En fait, non. Ouvrir un médi-spa est aujourd’hui possible en France. Et curieusement, vous n’avez pas besoin d’être médecin pour le faire. Avant de créer Skincare agency, j’ai passé un an à explorer toutes les pistes juridiques. J’ai même fait une présentation de mon projet devant le Conseil de l’Ordre pour avoir l’appui des médecins.

Et dans la mesure où vous recrutez des médecins pour les prestations qui leur sont réservées, comme les injections par exemple, il n’y a aucun obstacle juridique. Et c’est logique : pour manager un espace, pas besoin d’être médecin, il vaut mieux être un bon gestionnaire !

Vous avez opté pour une prestation très haut de gamme…

Oui. Mais le luxe ne s’improvise pas et ne tolère pas l’à-peu-près. Nous avons donc choisi de nous équiper de technologies de pointe pour tout ce qui concerne la minceur et l’anti-âge, et c’est un gros budget. Nos tarifs sont donc ceux pratiqués dans les cabinets de médecine esthétique. Je vous rappelle qu’il s’agit d’appareils très efficaces, qu’il s’agisse de minceur ou d’épilation définitive.

Ce ne sont pas ceux que l’on peut trouver dans un institut traditionnel. La phase diagnostic n’a pas été oubliée, avec un analyseur de peau de la dernière génération. Nous avons soigné le cadre pour en faire un espace intime, un écrin qui les mette en confiance, tout en respectant scrupuleusement l’hygiène d’un cabinet médical.

Et bien sûr, nous avons misé sur la prise en charge. Tous nos clients se voient attribuer un «Personal Beauty», une conseillère qu’ils retrouveront à chaque rendez-vous et qui suivra leur dossier personnel. Toutes sont issues de l’univers des spas de luxe.

Vous avez donc massivement investi dans la technologie. Mais n’est-ce pas un peu paradoxal, à l’heure où les clientes recherchent avant tout le naturel ?

Il existe toujours des femmes qui redoutent les injections et toutes les techniques invasives. Mais aucune n’a envie de vieillir. C’est pourquoi nous proposons aussi des soins facialistes. Là aussi, avec de simples techniques manuelles, il est possible d’avoir de très bons résultats. Le seul inconvénient, c’est que les effets durent moins longtemps dans le temps et qu’elles devront donc revenir plus souvent.

Au-delà des technologies, n’y a-t-il pas aujourd’hui, à en croire les réseaux sociaux, une certaine méfiance envers la médecine esthétique ?

Pas du tout. Il existe aujourd’hui un certain refus de la chirurgie esthétique. Mais si la chirurgie esthétique stagne, la médecine esthétique, elle, explose ! Les femmes y font appel de plus en plus jeunes, cela retarde d’autant le moment où il faut se décider à faire un lifting. Et les hommes commencent à s’y intéresser de très près.

Pour ces derniers cela commence souvent par l’épilation définitive, surtout pour le dos. Nous avons déjà 20% de clientèle masculine. Et ils viennent maintenant pour le visage. N’oubliez pas que les hommes aussi doivent paraitre dynamiques, jeunes et performants dans leur milieu professionnel. Un cadre aujourd’hui se doit de soigner son image, surtout à partir de 40 ans.

N’avez-vous pas l’impression de grignoter sur le territoire de l’esthétique traditionnelle ?

De façon générale, nous sommes dans un marché en pleine mutation. Il faudra encore quelques années pour qu’il devienne mature. L’esthétique traditionnelle se rapproche au maximum de la médecine esthétique, et dans les cartes des instituts on trouve beaucoup de soins similaires. Les esthéticiennes, surtout parmi les plus jeunes, se saisissent des codes de la médecine esthétique. Il existe pourtant des limites à ne pas franchir.

Il y aura toujours de la place pour l’institut traditionnel. Mais aucun institut ne peut rivaliser avec une offre qui permet, dans un même lieu, d’aller du facialisme à l’injection. Cela ne peut se proposer que dans un cabinet de médecine esthétique, même s’il ressemble à un spa de luxe !

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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