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Esthétique : quand trop de communication étouffe l’expertise

cliente mécontente

POINT DE VUE. Les réseaux sociaux ont transformé la façon dont les esthéticiennes valorisent leur expertise. Entre opportunités et dérives, la profession s’interroge. Décryptage avec Nathalie Zemirou, formatrice et skin experte.

Aujourd’hui, j’ai mis de côté mes préoccupations dans leur tiroir, celui qui ferme à peu près bien, pour vous parler d’une sensation diffuse, mais bien réelle, celle du virage un peu inattendu que prend notre métier d’esthéticienne sur les réseaux sociaux. 

Parce qu’à force de vouloir séduire l’algorithme, on finit par oublier pour qui on communique vraiment. Les réseaux, c’est devenu Broadway. On y voit non seulement des tutos, du savoir, de l’expertise, mais aussi des sketchs, des mises en scène et, parfois même, des performances dignes d’un café-théâtre. Et moi, je m’interroge. Ces formats servent-ils vraiment notre métier ? Ou bien sommes-nous devenues les actrices involontaires d’un divertissement express, consommé en huit secondes chrono ? 

Mon déclic ? Une vidéo d’un médecin esthétique. Drôle, oui ! Tendance, oui. Mais quelque chose m’a froissée. Pas les rides, celles-là, j’assume. Non, un malaise plus profond. Quand la relation patient-praticien devient un décor, quand l’intime se transforme en scène… À quel moment avons-nous dérapé ?

Depuis 2010 (quasiment la préhistoire numérique !), je reste fidèle à mon fil rouge : transmettre, partager, éduquer et valoriser l’expérience. À mon actif, 38 ans de métier. Cela construit une colonne vertébrale, et quelques convictions. Mais là, je m’interroge encore. Ai-je simplement vieilli ? Suis-je complètement à côté de la plaque ? Ou est-ce le monde qui confond de plus en plus valeur professionnelle et divertissement instantané ?

« Être sérieuses sans être ennuyeuses »

Car derrière le rideau de fumée des réseaux, il existe une réalité. Je croise encore beaucoup d’esthéticiennes qui peinent à vendre leurs soins, leurs produits et leur expertise. Et quand on creuse un peu, on s’aperçoit qu’elles parlent beaucoup. Mais surtout de leur vie, de leurs enfants ou de leurs soucis. 

Bref de tout, sauf de leur métier. Le résultat ? Une communication qui ne sert plus leur compétence, mais leur sympathie. Très bien pour créer du lien. Beaucoup moins pour remplir un planning. Je me souviens d’une ancienne collègue qui me reprochait de «ne parler que des soins visage». C’était vrai. Et assumé. Résultat : les clientes venaient pour moi et je faisais 95% des soins visage. CQFD.

Alors oui, partager un moment personnel, un voyage, un instant de vie, c’est beau, c’est humain, ça crée du lien. Mais franchement… Les sketchs sur les «clientes relou» ou les vidéos de situations cocasses : est-ce que ça nourrit vraiment notre crédibilité ? Est-ce notre mission ? 

Parce que nous pouvons être informatives et créatives, professionnelles et inspirantes, sérieuses sans être ennuyeuses. Mais à condition de ne jamais perdre de vue ce qui fait la beauté de notre métier : le savoir-faire, la relation, la transmission et la confiance.   

 

BIO EXPRESS
Formatrice en expertise cutanée, Nathalie Zemirou est créatrice de la méthodologie de Physio-Esthétique et fondatrice du centre Beauté Vente Formation

 

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