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« La socio-coiffure est la seule formation qui permet une reconversion dans le métier »

SOCIO COIFFURE

Si le métier attire de plus en plus de vocations, il reste encore largement méconnu du public et… des professionnels du ciseau. Entretien avec Marie-Pierre Darthayette, directrice des écoles Socio-coiffure, seuls établissements à délivrer une certification RNCP dans la spécialité.

MARIE PIERRE SARTHAYETTE VEUT PROMOUVOIR LA SOCIO COIFFURE Profession bien-être : En quoi consiste la socio-coiffure ?

Marie-Pierre Darthayette : C’est un professionnel du cheveu, formé à des compétences supplémentaires qui lui permettent d’exercer son métier auprès de personnes confrontées à la maladie, au handicap, à la vieillesse… Grâce à sa connaissance des diverses pathologies, il doit pouvoir déterminer les soins capillaires les plus appropriés selon le cas de chaque client.

Où exerce un socio-coiffeur ?

Il peut exercer dans son propre salon, généralement en proposant une cabine individuelle, qui protège des regards. Mais très souvent, il se déplace dans des hôpitaux, les maisons de retraite, les foyers d’handicapés, voire de femmes battues. Son travail l’amène à évoluer en milieu médical, médico-social ou social.

Faut-il avoir la vocation ?

Je pense qu’il faut une certaine empathie. Tous les coiffeurs ne seront pas socio-coiffeurs. Avant de les prendre en formation, on demande aux candidats s’ils sont prêts à coiffer une personne handicapée, malade ou qui vient de subir une chimiothérapie. On fait de la coiffure inclusive et cela ne s’improvise pas.

N’importe quel coiffeur peut se lancer dans la socio-coiffure ?

Tous les coiffeurs peuvent aller coiffer une personne âgée à domicile ou dans des maisons de retraite. La formation et le titre de socio-coiffeur, que nous avons fait protéger, ne sont pas obligatoires. C’est dommage, car ces professionnels doivent pouvoir se sentir armés pour travailler auprès de publics différents et dans des environnements également très différents.

Comment les socio-coiffeurs sont-ils formés chez vous à s’occuper de malades qui souffrent parfois de pathologies lourdes ?

Un socio-coiffeur est d’abord formé aux règles d’hygiène et d’asepsie. On ne peut pas faire n’importe quoi dans des hôpitaux. Il doit aussi bien connaître les différents environnements dans lesquels il va évoluer et comprendre les conséquences psychologiques des maladies, notamment pour répondre à des comportements qui peuvent lui sembler irrationnels. Par exemple, des personnes en maison de retraite qui manifestent de l’agressivité.

On forme aussi nos élèves à la communication, sur ce qu’on peut dire ou pas dire, les pathologies les plus courantes qu’ils vont rencontrer et les comportements qui leur sont généralement associés. Sur les 210 heures de formation, ce n’est qu’en quatrième semaine qu’on commence à évoquer des techniques très spécifiques de coiffure. On part, bien sûr, de leurs compétences. Le pré-requis, c’est un CAP de coiffure.

La coiffure, c’est le paraître, avec un côté bling-bling assumé… Vous avez l’impression d’enseigner une autre activité ?

Absolument ! C’est une formation de deuxième plan de carrière. Il faut avoir été confronté à la gestion d’une clientèle, en salon ou à domicile, pour pouvoir s’y consacrer pleinement. Nos élèves ont d’ailleurs, en moyenne, 45 ans, avec une très forte majorité de femmes. Au départ, ils choisissent la coiffure pour l’art de coiffer, puis, au fil du temps, confrontés parfois à des publics fragilisés, ils veulent donner du sens à leur métier. Ils se rendent compte qu’ils ne peuvent pas répondre à toutes les demandes.

Peut-on parler de reconversion professionnelle, car, en général, c’est pour changer de métier ?

Je dirais que la socio-coiffure est la seule formation qui permet une reconversion dans le métier. Quand un coiffeur développe une allergie avec des produits de coloration, il devient «inapte» et on lui dit de faire de l’aide à domicile… C’est une énorme frustration. Or, la socio-coiffure lui permet de poursuivre son activité, de rester dans le métier, mais en travaillant de façon différente, notamment avec des produits naturels, de la coloration végétale ou de l’argile.

Les professionnels seront moins exposés aux troubles musculo-squelettique, car ils feront moins de gestes répétitifs. Ils auront aussi un engagement sociétal, et c’est là qu’ils donnent du sens à leur métier, notamment en luttant contre l’isolement de leur client. Par exemple, ils peuvent animer des ateliers, dans lesquels ils vont refamiliariser certaines personnes au toucher avec des auto-modelages, pour qu’elles s’occupent de leur cheveu.

Les hôpitaux exigent le titre de socio-coiffeur ?

De plus en plus d’établissements demandent des socio-coiffeurs. Sur Lyon, Paris ou la Bretagne, c’est souvent le cas. Au début de la Covid, tous les coiffeurs ne pouvaient pas travailler. Seule la socio-coiffure était autorisée. En Ile-de-France, l’ARS avait autorisé les socio-coiffeurs à rentrer en structure hospitalière.

Combien sont-ils aujourd’hui ?

Environ 500 sur le territoire français. Mais on sent aujourd’hui un véritable engouement. Beaucoup de coiffeurs trouvent dans la socio-coiffure un sens à leur métier. Ils se sentent utiles.

Est-ce qu’ils peuvent espérer le même niveau de rémunération que dans un salon classique ?

Oui, et même un peu plus, car ils vont proposer plus de prestations. Un socio-coiffeur, qui exerce la plupart de temps en libéral, peut gagner au-delà de 2 500 euros par mois. Dans les hôpitaux de Paris ou de Lyon, ils sont payés entre 50 et 90 euros de l’heure, car toutes ces structures préfèrent des contrats de prestation de services.

Sont-ils tout à fait reconnus aujourd’hui ?

Non, pas assez. Mon cheval de bataille, c’est de faire connaître le métier de socio-coiffeur. Il n’est pas suffisamment connu. Des socio-coiffeurs arrivent encore aujourd’hui dans des environnements où les soignants ne comprennent pas ce qu’ils font et comment ils sont formés. J’ajoute que le métier n’est pas non plus assez connu des bénéficiaires. Il y a encore du travail !

Propos recueillis par Georges Margossian.

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