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Gaëtan Teixeira : « Le marché de la coiffure homme est très loin d’être saturé »

coiffure homme

INTERVIEW. À 32 ans, Gaëtan Teixeira, fondateur de l’enseigne Melrose Barbers, a su se faire une place dans la coiffure masculine en moins de cinq ans. Cet ex-responsable marketing de la marque d’automobile électrique américaine Tesla possède aujourd’hui huit salons. 

Profession bien-être : Quel est votre concept ? 

Gaëtan Teixeira : Le concept est très simple. En 2019, j’ai décidé, en rentrant en France, d’ouvrir un salon de coiffure pour homme (à Clermont-Ferrand, NDLR) et de le digitaliser, en mettant en place une prise de rendez-vous en ligne, des choses qu’on ne faisait pas encore à l’époque. Au début, obliger les clients à passer par cette passerelle, c’était très compliqué, mais on y est arrivé sans problème. On a travaillé une marque forte, qui est très facilement identifiable aujourd’hui sur les réseaux sociaux et nos canaux de communication. On est d’ailleurs reconnus pour ce savoir-faire. 

Il y a encore de la place pour une nouvelle enseigne de coiffure homme ? 

Oui, je pense que le marché homme est très loin d’être saturé. Mes confrères ne diront pas forcément la même chose, notamment ceux qui ont des salons pour femmes ou des salons mixtes, mais la réalité, c’est qu’il existe beaucoup moins de salons homme que de salons femme. On arrive dans des villes où il y a déjà une dizaine de salons de coiffure homme, mais vous pouvez vous placer où vous le souhaitez si votre concept est fort et que votre marque est importante, avec un vrai savoir-faire. Automatiquement, vous allez séduire une autre clientèle. 

Quelles sont les particularités de la clientèle homme ? Est-ce qu’elle a des attentes particulières ? 

Je ne vois pas forcément d’attentes particulières. On se rend compte que l’homme est maintenant désireux d’aller chez le coiffeur. Il y a encore quelques années, un homme allait chez le coiffeur peut-être une fois par mois ou une fois tous les deux mois, mais aujourd’hui, on a des clients qui viennent régulièrement toutes les semaines ou toutes les deux semaines, et de façon systématique. 

À l’époque, on disait que les plus jeunes venaient plus souvent. Maintenant, on voit que la tendance s’inverse. On n’a pas de profil type. Les personnes viennent et reprennent rendez-vous. Venir dans un salon devient un moment de plaisir, un moment de beauté qu’on n’avait pas précédemment. L’homme prend davantage soin de lui. Il participe aussi, achète ses produits cosmétiques. C’est beaucoup de choses qu’il ne faisait pas il y a encore 5 ou 10 ans. 

Vous proposez des soins esthétiques pour les hommes. Cela va jusqu’au l’épilation ? 

Oui, mais juste l’épilation visage. On produit aussi notre propre marque, Melrose Barber Cosmetics et on se rend compte aujourd’hui qu’on est limité en stock ! On en vend mais très facilement. 

Vous formez vos collaborateurs à la vente ? 

Non. Je me suis toujours interdit de former mes collaborateurs à la vente, parce qu’on n’est pas forcément à l’aise avec cette façon de se positionner et de demander à nos clients d’acheter un produit. On se dit que, si le client est satisfait du produit, il viendra par lui-même et c’est ce qui nous arrive quotidiennement au salon. 

Qu’est-ce qui est important pour vous dans le management de vos salons ? 

On a remis au centre la culture d’entreprise et l’amour de l’entreprise, ce qui est essentiel, car c’est quelque chose qu’on ne retrouve pas dans beaucoup de salons de coiffure aujourd’hui. Pour nous, l’idée est vraiment de donner une empreinte et une vraie valeur à l’entreprise avec nos collaborateurs. On a construit tout cela ensemble, on a étudié ensemble, et je suis toujours avec eux.

Quel est votre objectif ? 

Cela permet avant tout d’améliorer l’engagement des collaborateurs. Si un collaborateur est engagé, il va naturellement vouloir bien faire. Et s’il souhaite bien faire, il va s’informer. En 2024, il a accès aux réseaux sociaux, aux vidéos, aux cours en ligne…

Vous rencontrez des problèmes de recrutement, comme les autres salons de coiffure ?

Aucun. Récemment, on a publié une offre d’emploi à Paris, on a reçu une quarantaine de CV de qualité, des candidatures de coiffeurs et de coiffeuses occupant actuellement de très bons postes chez nos confrères, mais qui souhaitent venir travailler avec nous. Ils nous envoient ensuite des messages sur les réseaux sociaux et Internet pour exprimer leur motivation à nous rejoindre. C’est très gratifiant pour le travail qu’on fait en amont.

 

Est-ce qu’il y a une manière particulière de s’adresser à une clientèle masculine ?

Je ne pense pas. Il faut enlever un peu tous les stéréotypes. Nous, on travaille beaucoup le savoir-être et le savoir dire en salon, c’est très important, mais comme partout, que ce soit au salon de coiffure, dans un restaurant ou dans un café, l’idée, c’est aussi de savoir recevoir, mais après, de parler, d’échanger. Finalement, un homme, c’est comme une femme. S’il a envie de parler, il parle. S’il ne veut pas, il ne le fait pas. Mais bien souvent, il est un peu joueur, un peu taquin, il veut discuter. C’est vraiment un moment à lui, et c’est ce qui nous plaît au quotidien. 

On parle autant dans un salon de coiffure aux femmes qu’aux hommes ? 

Vous seriez surpris. Je pense qu’on parle plus dans un salon homme que dans un salon femme ! C’est vrai que, pour avoir accompagné ma compagne dans un salon femme, je me suis rendu compte que, finalement, ça parlait peut-être beaucoup plus chez les hommes, parce que c’est un peu nouveau malgré tout. En 2024, on en est encore aux prémices du marché et on voit de très gros investisseurs qui se positionnent. 

Dans les années 2010, on a vu émerger des concepts inspirés d’un style un peu hipster, avec des Harley Davidson, par exemple. Est-ce que cela correspond à votre vision de la coiffure homme ?

Non, on est diamétralement opposé à tout ça. C’est notre choix. Le côté hipster, grosse barbe, grosse moustache, il en existe encore. Il y a une clientèle pour tout. Nous, on a un concept beaucoup plus aseptisé, moderne et design, qui plaît autant à une clientèle jeune et élégante qu’à des clients plus âgés. Je pense qu’il faut savoir créer un univers qui correspond à sa clientèle, et c’est ce que nous avons réussi à faire. Aujourd’hui, nous séduisons environ 80 à 90% des hommes dans notre ville, ce qui nous permet d’avoir une clientèle importante et très fidèle au salon.

Et au niveau des tarifs, vous vous alignez à peu près sur ce qui se pratique ?

On est légèrement au-dessus de nos confrères. Pour le panier moyen, on est à peu près à 60 euros pour une prestation homme. C’est beaucoup d’argent, mais si on compare à Paris, on est sur un panier plus ou moins similaire. En province, ça pourrait être différent. 

Vous avez ouvert un salon à Cannes. Vous choisissez des emplacements haut de gamme ? 

On choisit nos villes avant l’emplacement. Avec l’expérience acquise en cinq ans, on se rend compte qu’on peut aller s’installer un peu où on veut si notre marque est suffisamment forte. À Cannes, par exemple, on s’est installés en face du Palais des Festivals, juste derrière une grande enseigne du boulevard de la Croisette. Bien sûr, nous avons un bel emplacement, mais ce n’est pas forcément notre critère numéro un.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

On se rapproche d’un plafond de verre. Actuellement, j’ai huit établissements en propre que je gère seul avec mes équipes administratives, mais pour 2025, on envisage de rechercher des investisseurs, afin d’associer quelqu’un à la marque et, pourquoi pas, développer davantage de salons.

Propos recueillis par Georges Margossian. 

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