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Christophe Doré (Unec) : « Non, la coiffure n’est pas en crise ! »

Christophe Doré

Le président de l’Union nationale des établissements de coiffure (Unec), Christophe Doré, estime que, face à l’inflation et aux changements d’habitude des consommateurs, le marché est en train de «se réguler». 

Christophe Doré
Profession bien-être : À la suite de la publication des chiffres de défaillances d’entreprises par le cabinet Altares, la presse généraliste a dressé cet été un tableau sombre du secteur. La profession va-t-elle vraiment si mal ?

Christophe Doré : Cette actualité, je l’ai trouvée complètement tronquée. D’abord, parce qu’on compare des chiffres de 2023 avec des années post-Covid. Ensuite, à l’intérieur de ces chiffres, la presse intègre également les instituts de beauté. Cela fait déjà deux éléments un peu contradictoires qui, aujourd’hui, viennent troubler le message.

La hausse des défaillances ne vous inquiète pas ?

Bien sûr qu’il y a des défaillances d’entreprises et il faut en analyser les causes. Ce marché est en train de se réguler et il doit se réguler. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui il y a trop d’établissements de coiffure, soit plus de 100 000 en France. C’est considérable. On a un gâteau pour quatre personnes et on est dix autour de la table !

La dimension entrepreneuriale du métier de coiffeur n’est pas comprise ?

Non. Je pense qu’il y a un certain nombre de chefs d’entreprise qui n’ont pas pris conscience qu’ils étaient chefs d’entreprise. Ils se considèrent, à mon goût, trop comme coiffeurs et pas assez comme chefs d’une entreprise de la coiffure.

Estimez-vous que l’Unec a un rôle à jouer pour changer les mentalités ?

Oui, cela fait partie de nos objectifs. Je souhaite d’abord que l’Unec se dote d’un observatoire pour suivre de plus près le marché de la coiffure. Nous allons faire un partenariat avec Altares (cabinet qui publie les chiffres sur les défaillances, NDLR), pour affiner notre suivi des défaillances et voir ensuite comment nous pouvons accompagner les entreprises. Car c’est en amont de la défaillance qu’il faut être présent, pour structurer, accompagner et consolider l’entreprenariat.

Que dites-vous aux salons de coiffure qui sont inquiets aujourd’hui ?

La coiffure vit une période compliquée et difficile. Par contre, elle n’est pas en crise. Elle serait en crise si nous avions un manque de formations ou un défaut sur le nombre d’entrants. Ce n’est pas le cas. La coiffure n’a jamais eu autant d’apprentis. Cela veut dire que le métier attire. Il continue d’intéresser la nouvelle génération.

La problématique, c’est alors de savoir comment on conserve les gens dans notre métier, quel plan de carrière on leur donne et comment cette nouvelle génération, en termes de management, se recrute et se gère.   

Pour faire face à la hausse des charges, les salons doivent-ils augmenter leurs tarifs ?

Oui, en effet, la tarification est trop basse, quand on regarde l’ensemble du marché. On a ce complexe de faire payer le consommateur et une problématique concurrentielle, avec des gens qui s’installent à 10 ou 15 euros la prestation. C’est un coût pour les coiffeurs.

Les salons font aussi face à une baisse des visites : on est à moins de 4 visites par an pour les femmes. Idem avec la coiffure homme, qui a perdu, en moyenne, 2 visites par an sur les douze derniers mois. Résultat, depuis la Covid, le chiffre d’affaires du secteur est en baisse. On est passé de 6 à 5,2 milliards. Il faut qu’on invente un nouveau modèle.

La question des salaires émerge comme le grand sujet qui va occuper l’agenda social de la rentrée. Où en est la coiffure, que le gouvernement a plusieurs fois citée parmi les branches où la rémunération est inférieure au salaire minimum ? 

Ecoutez, je souhaite que le gouvernement arrête de stigmatiser la coiffure. On n’a pas attendu qu’il nous donne des leçons. On a toujours eu des discussions avec les partenaires sociaux de qualité. Maintenant, nous, nous sommes là pour discuter des minima conventionnels.

Les salaires ont augmenté dès le 1er septembre, l’avenant ayant été signé en août, et nous sommes toujours dans la négociation salariale. Ensuite, il faut laisser la politique salariale aux chefs d’entreprise. Dernier point : quand le gouvernement pousse à l’augmentation des salaires, c’est tout à faite entendable, mais il faut aussi voir comment un chef d’entreprise peut se rémunérer et comment il peut vivre de son métier.

La baisse des coûts-contrats, c’est un coup dur pour les CFA et la profession ?

Je ne comprends pas le gouvernement. Il a fait un travail extraordinaire. Un gouvernement n’a jamais autant mis en lumière l’apprentissage, avec l’objectif d’atteindre demain un million d’apprentis en France. Et il a fait ce qu’il fallait pour faire briller tous les métiers de l’artisanat, dont la coiffure.

Et là, brusquement, on revient sur les coûts-contrats. Qu’on les baisse un peu, d’accord, mais aujourd’hui je pense qu’on va trop bas. Cela va fragiliser les organismes de formation, qui ne pourront pas investir et innover dans la pédagogie. Ils ne pourront pas non plus avoir des professeurs de qualité, parce qu’ils ne pourront pas les rémunérer. Cette baisse pourrait aussi impacter à termes leur capacité de recrutement. J’attends donc avec impatience de voir ce qu’il y aura dans le projet de loi de finances.

Propos recueillis par Georges Margossian.

LIRE AUSSI : Coiffure : «On ne peut pas dire que le métier est en souffrance » (Cnec)

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