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Alain Blackman : «  Non, les barbiers ne sont pas un effet de mode »

Alain Blackman

À quelques jours de la première édition française du Golden Chair, un événement réunissant des barbiers venus de plusieurs pays, Profession bien-être a rencontré Alain Blackman, le pionnier du phénomène «barber» en France.

Profession bien-être : À l’heure où les directives européennes veulent supprimer les diplômes pour les barbiers, qui devront simplement justifier d’une expérience professionnelle, comment voyez-vous le futur de la profession ?

Alain Blackman : Tout d’abord, ces directives ne sont pas encore appliquées en France, heureusement ! Pour avoir durement bataillé à l’Education nationale pour remettre au goût du jour l’enseignement des techniques de barbier, et, avoir fait reconnaitre l’option entretien de la pilosité faciale dans le BP coiffure, je crois dur comme fer qu’il faut une vraie formation pour devenir barbier. Et surtout, pour s’installer à son compte. En France, nous dépendons toujours de la loi du 26 mai 1946 qui exige de posséder un Brevet professionnel pour ouvrir un salon de coiffure ou un barber shop !

Justement quelle est la différence entre un barbier et un barber ?

Barber n’est qu’un anglicisme faufilé dans notre vocabulaire. La vrai définition de notre métier, c’est barbier. Et «maître barbier» est une qualification professionnelle, un diplôme de maitrise. Autrefois, le CAP comprenait une formation au rasage et à l’entretien de la barbe, avait d’être supprimé, car le métier de barbier était un peu tombé dans l’oubli.

Le retour en grâce du barbier est un phénomène relativement récent…

Tout dépend de ce que vous appelez récent ! En fait, la renaissance du métier de barbier remonte  au milieu des années soixante. Vous voyez cela ne date pas d’hier… Mais c’est vrai que le métier était amené à disparaitre. Dès mon entrée dans le métier, j’ai voulu transmettre tout ce que j’avais appris.

Ce n’est pas tout à fait un hasard si mon salon ressemble à un musée ! J’y ai rassemblé tous les accessoires, blaireaux, lames et rasoirs, qui ont construit l’histoire de ce métier passionnant. J’ai d’ailleurs prêté plus de 75 objets pour la très belle exposition «Des cheveux et des poils», organisée cette année par le Musée des arts décoratifs.

Pourquoi cette fascination pour le passé ?

Parce que la barbe est le signe de son temps. J’imagine qu’Adam devait être barbu, puisque personne n’avait encore inventé le rasoir ! Mais le visage des hommes n’a cessé de modifier la taille de la barbe et la forme des moustaches, ce qui fascinait André Malraux, qui ne savait pas ce qui pouvait provoquer ces alternances de périodes «barbues» ou «glabres». 

Et l’histoire fourmille d’anecdotes sur la barbe. Saviez vous, par exemple, qu’en 1699, le tsar Pierre le Grand avait institué une taxe pour les porteurs de barbe, devenu un véritable impôt en 1705 ? Après avoir rempli les caisses russes pendant des décennies, cette loi fut abrogée par Catherine II.

Quels sont les événements qui peuvent influencer le port de la barbe ?

Autrefois, ce sont les aristocrates et les personnages officiels qui donnaient le ton. Entre la «royale» de Louis XIII et l’impériale de Napoléon III, seules les moustaches des soldats d’élite du Premier Empire pavoisèrent. La restauration respecta ce principe : la barbe longue resta l’apanage des sapeurs et elle est toujours portée dans la Légion étrangère. Pour des raisons d’entretien, la barbe disparait avec la guerre de 1914.

Après la première guerre mondiale, l’affaire Landru – surnommé le «barbe-bleue de Gambais», entraîna même une aversion contre les barbus. Les hommes se rasèrent ce qui contribua en partie au déclin de la barbe. Comme quoi, un fait-divers peut avoir des conséquences inattendues…

Et aujourd’hui, qui lance la mode ?

En fait, comme disait Chanel, la mode, c’est ce qui se démode. Les artistes ont pris le relais des classes dirigeantes. Pour avoir beaucoup travaillé pour le cinéma et le théâtre, ce sont aujourd’hui les chanteurs et les comédiens qui influencent la pilosité des hommes.

La sortie du film «The Artist» avec Jean Dujardin a relancé la mode de la moustache. Actuellement, je travaille avec Laurent Lafitte qui va bientôt incarner Molière… Et j’ai rasé Johnny pendant vingt ans.

Ce sont donc les «people» qui ont sonné le recours en grâce des barbiers ?

Pas seulement. En fait, les barbiers ont bénéficié d’un changement de société. La culture gay, d’une part, et les fabricants de produits cosmétiques pour la barbe, d’autre part, y ont largement contribué. Depuis une quinzaine d’années, les hommes ont pris le goût du soin de soi. Les hipsters ont pris le relais. À tel point qu’aujourd’hui, alors que les hipsters ont pratiquement disparu, le succès des barbiers persiste.

Le phénomène « barbiers » n’est donc pas sur le déclin ?

Absolument pas. Les bons barbiers prospèrent. Et le renouvellement se prépare. Même les femmes s’y intéressent. J’en ai d’ailleurs formé beaucoup : Sarah, la Barbière de Paris, a donné le «la». À mon dernier stage, sur dix stagiaires, il y avait huit femmes ! Et elles sont créatives et inventives.

Ce qui a fait un flop, en revanche, c’est le rasoir électrique. De plus en plus, on revient à la lame. Cet art éphémère du barbier, c’est un métier qui perdure. À condition de savoir d’où on vient et où on va. Comme le disait justement Pierre Dac : l’avenir est devant nous. Mais il sera derrière nous si nous faisons demi-tour.

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

Vous pouvez rencontrer Alain Blackman au Golden Chair, qui se déroulera le samedi 3 décembre à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), à la salle Royal Palace.

LIRE AUSSI : La première « barber battle » française aura lieu le 3 décembre

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